Les dfis de la formation du pharmacien aux mtiers de demain

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Séance académique dédiée

« Les défis de la formation des pharmaciens aux métiers de demain »

 

Mercredi 7 février 2018 à 14 h 00

 

Ouverture de la séance par le Président, Jean-Loup Parier

Présentation de la séance par Jean-Claude Chaumeil, Président de la Commission Enseignement, Développement Professionnel Continu

Diapositives présentées

Introduction sur le socle commun des études par Christiane Garbay, Vice-Présidente de l’Académie nationale de Pharmacie

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Le socle commun des études de pharmacie s’inscrit dans le cadre de la réforme Licence-Master-Doctorat ou LMD, comportant trois cycles afin de s’aligner sur les diplômes européens, avec certains aménagements.

 Le premier cycle, d’une durée de trois ans, conduit au DFGSP (Diplôme de Formation Générale en Sciences Pharmaceutiques) et correspond au niveau licence. La première année ou PACES (Première Année Commune aux Études de Santé - médecine, odontologie, pharmacie et maïeutique) est sanctionnée par un concours, avec un numerus clausus pour accéder à la deuxième année. Après les trois années de DFGSP, le 2ème cycle conduit, en deux ans, au DFASP (Diplôme de Formation Approfondie en Sciences Pharmaceutiques) de niveau Master 1. Enfin, le troisième cycle peut être court (un an) dans les filières de pharmacie d’officine et de l’industrie pharmaceutique ou long dans la filière de l’internat en pharmacie (quatre ans).

Ainsi, les études durent de six à neuf ans selon la filière choisie et conduisent, après soutenance d’une thèse exercice, au diplôme unique de Doctorat d’État en Pharmacie.

La diversité des matières enseignées et celle des débouchés actuels en pharmacie sont présentée.


« L’accession progressive de l’enseignement pharmaceutique à l’Université : le combat d’une profession »

Olivier Lafont, membre de l’Académie nationale de Pharmacie

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L’enseignement de l’apprenti apothicaire était assuré par son maître, au sein même de la boutique. Au XVIe siècle, la nécessité d’organiser des cours, en complément de l’enseignement magistral, apparut. C’est ainsi qu’à Montpellier, l’École de médecine confia cette tâche à François Ranchin. À Paris, le Jardin des apothicaires de la rue de l’arbalète concourrait à l’apprentissage de la botanique et le droguier de la communauté à celui de la matière médicale. De 1700 à 1723, les apothicaires organisèrent pour leurs élèves des cours de chimie, qui furent suspendus sur intervention de la Faculté de médecine. Ils furent rétablis de 1753 à 1765, date à laquelle ils furent derechef interrompus à la demande expresse de cette même Faculté. De nombreux apothicaires organisaient parallèlement des cours privés de chimie ou d’histoire naturelle, dans leurs laboratoires. La Déclaration royale du 21 avril 1777, qui créait le Collège de Pharmacie et le titre de maître en pharmacie, rendit officiels des cours de chimie, botanique et histoire naturelle pour les élèves se préparant aux examens. Le corps enseignant était constitué de maîtres en pharmacie. À la Révolution, le décret du Baron D’Allarde, empreint d’idéologie libérale, supprima les examens à compter du 1er avril 1791. Dès le 14 avril, des incidents graves étant survenus, un nouveau décret rétablit cours et examens pour l’accès à la profession pharmaceutique. La Société libre des pharmaciens de Paris, fondée le 20 mars 1796 créa, dès le 19 mai de la même année, l’École gratuite de pharmacie qui reprit les fonctions du Collège. Sous le Consulat, la loi du 21 Germinal An-XI (11 avril 1803) réorganisa l’enseignement pharmaceutique, en créant des Écoles spéciales de pharmacie, à Paris, Montpellier et Strasbourg. En 1840, ces écoles furent intégrées à l’Université. La présence obligatoire de deux professeurs de médecine dans les jurys fut supprimée en 1879. Le décret du 14 mai 1920 érigea les quatre écoles supérieures de pharmacie en facultés de pharmacie, aboutissement d’un long combat pour la reconnaissance du caractère scientifique de la pharmacie.


« Métiers de la pharmacie et leurs évolutions »

Muriel Dahan et Michel Vidal, membres de l’Académie nationale de Pharmacie

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Tous les métiers de la pharmacie ont un socle commun de compétences et de valeurs, mais ils ont connu ces dernières années des évolutions majeures, qui toutes orientent de plus en plus les pharmaciens vers la clinique et les rapprochent du patient :

- Les biologistes, après avoir été pionniers en particulier sur la qualité, avec le suivi du Guide de bonne exécution des analyses (GBEA) et le contrôle national de qualité, ont vu avec l’ouverture du capital de leurs laboratoires leur place de professionnel de santé mise en péril. La réforme mise en œuvre ces dernières années a réaffirmé son rôle médical et sa place à l’interface entre les prescripteurs et les patients ;

- Les pharmaciens d’officine sont depuis la loi HPST des professionnels de santé de premier recours, aux missions inscrites dans la loi, y compris de santé publique, avec un service aux patients renforcé et diversifié ;

- Les pharmaciens hospitaliers viennent de voir leurs missions évoluer vers une place croissante de la pharmacie clinique, qui est désormais inscrite dans la loi, rapprochant hospitaliers et officinaux dans le suivi et l’accompagnement du parcours ville-hôpital du patient ;

- Pharmaciens industriels, chercheurs et institutionnels sont également des métiers qui ont beaucoup changé pour mieux prendre en compte l’intérêt des patients, notamment dans une perspective de santé publique et médico-économique.

Ces évolutions se retrouvent par exemple aujourd’hui dans le rôle que les pharmaciens, dans tous leurs métiers, vont pouvoir jouer dans la Stratégie nationale de santé qui vient d’être adoptée.

Quelques-unes de ces évolutions ayant des conséquences sur l’ensemble des métiers du pharmacien sont particulièrement à souligner : le changement sociétal, l’apparition de nouvelles technologies (objets connectés, impression 3D,…), l’apparition croissante des médecines alternatives,…

Il est actuellement nécessaire de faire évoluer les différents métiers afin d’intégrer l’ensemble de ces transformations, y compris au niveau de la formation des futurs pharmaciens et de la formation continue.


« Qu’est-ce qu’un pharmacien d’officine ? Quel est l’objet de son exercice ? »

Martial Fraysse, membre de l’Académie nationale de Pharmacie

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L'interaction pharmacien patient peut être interprétée différemment selon le point de vue ou la sensibilité de l'observateur.

Si l'on parle de commerce, on peut définir ce contact comme une transaction, mais derrière ce terme réducteur, le pharmacien est un professionnel de santé qui exerce des missions de santé publique définies en 2009 par la loi Hôpital Patient Santé Territoire HPST.  

Parmi ces missions, le législateur a confié au pharmacien d'officine la prévention, la dispensation des médicaments et le suivi des patients.

Ce sont les compétences scientifiques du pharmacien, le développement de ses qualités relationnelles, humaines et éducatives, et son accessibilité qui font de lui un pilier des acteurs du premier recours.

L'avenir des transactions est la digitalisation, avec pour conséquence l'effacement de l'humain au profit du numérique, de la chaîne de blocs (blockchain). Au contraire, l'avenir du pharmacien est un exercice humain supporté par le numérique au profit de la santé publique


« Industrie : besoins en formation pour la Recherche, le Développement, la Fabrication, la Commercialisation et la Diffusion »

Jean-Noël Colin, membre de l’Académie nationale de Pharmacie

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La formation proposée aux jeunes diplômés de Pharmacie Industrielle est à l’heure actuelle en adéquation satisfaisante avec les besoins de l’industrie du médicament. Les principaux métiers de où de jeunes pharmaciens sont recrutés couvrent l’ensemble de la vie du médicament, de la recherche à la diffusion du médicament en passant par le développement, la production et le contrôle. Des métiers transverses sont également pourvoyeurs d’emploi : affaires réglementaires, assurance qualité. Au-delà de la formation scientifique et technique apportée par le cycle court ou le cycle long, des compétences complémentaires sont recherchées : rigueur, pluridisciplinarité, ADN des études de pharmacie, mais aussi gestion de projet, travail d’équipe, … qui sont à développer pour ne pas céder du champ aux alternatives que sont les grandes écoles d’ingénieurs ou de commerce.

A l’heure actuelle la formation des pharmaciens à l’industrie du dispositif médical est à écrire en quasi-totalité.

L’industrie pharmaceutique est en pleine mutation, mutation tellement rapide qu’elle ne peut  définir ses besoins au-delà de quelques années. Si les grandes familles de métiers persisteront vraisemblablement, les métiers par eux-mêmes évolueront pour embrasser les nouvelles technologies, et nécessiteront des compétences complémentaires en statistique et gestion de la donnée, nanotechnologies, biophysique, biologie, « omics »….La transversalité et les contacts pluridisciplinaires seront indispensables, des bi-compétences seront recherchées. A défaut de préparer les étudiants à des domaines encore non identifiés, il faut dès maintenant les rendre capables d’accéder à ces formations quand elles existeront, lors de leur cursus initial ou de formation ultérieure.


« Les défis de la formation des pharmaciens : biologie médicale, médecine de précision »

Jean-Louis Beaudeux, Doyen de la Faculté de Pharmacie de Paris, membre de l’Académie nationale de Pharmacie

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L’évolution de la biologie médicale ces dix dernières années a beaucoup porté sur les niveaux structurels et organisationnels. Parallèlement, la mission du biologiste médical s’est progressivement déplacée de l’expertise analytique (que le biologiste doit toujours posséder) à l’intégration du résultat biologique dans le contexte clinicobiologique voire thérapeutique du patient. Responsable de l’examen de la phase pré-analytique jusqu’à l’utilisation de son résultat par le clinicien, le biologiste médical doit aujourd’hui se positionner comme un véritable partenaire et interlocuteur de l’équipe médicale (par exemple en participant aux réunions de concertations pluridisciplinaires – RCP), apportant ses connaissances et compétences scientifiques, biologiques et médicales au service de l’intégration du résultat biologique au cœur de la situation clinique et du traitement du patient.

Dans ce contexte, la formation initiale du pharmacien biologiste médical doit tenir compte de cette évolution, pour lui donner les éléments cliniques, biologiques, pharmacologiques et thérapeutiques dont il aura besoin et qui feront de lui une valeur ajoutée indispensable dans l’équipe médicale. La culture scientifique, l’expertise analytique, la connaissance de médicament (incluant la pharmacogénomique, la pharmacocinétique voire la pharmacotechnie, en particulier dans le domaine des biomédicaments) sont autant d’atouts pour l’exercice de la biologie médicale de demain. C’est particulièrement vrai dans le contexte d’une médecine de précision/médecine génomique, qui sera évoqué au cours de la communication en séance. La formation professionnelle continue doit également s’adapter à ce nouveau positionnement du biologiste médical : elle devra lui permettre de s’adapter aux nouveaux schémas diagnostiques et de prise en charge thérapeutique du patient, toujours en concertation étroite avec le clinicien.


« Évolution du socle commun des études : les dernières évolutions et le 3ème cycle »

Dominique Porquet, membre de l’Académie nationale de Pharmacie

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Même si l’on s’en tient aux 40 dernières années, le socle commun des études de Pharmacie a largement évolué, comme d’ailleurs le numerus clausus de Pharmacie, avec des étapes particulièrement significatives en 1987 et en 2011/2013. Cette dernière étape a vu en particulier, un recul significatif des disciplines fondamentales (Mathématiques, Physique, Chimie…) au bénéfice des disciplines plus appliquées. Ce nouveau cursus de formation de premier et de second cycle de nos études, a été décliné sur la base de référentiels compétences eux-mêmes élaborés à partir de référentiels métiers, et a également mis l’accent sur la mise en place d’Unités d’Enseignement libres favorisant en particulier un accès précoce à la recherche. Dans la prolongation de cette évolution du tronc commun de formation, la réforme du 3ème cycle de Pharmacie, qui correspond  à la dernière partie, la plus professionnalisante de nos études, est aujourd’hui en gestation. Pour ce 3ème cycle, le schéma d’organisation actuellement proposé par le groupe de travail et en discussion avec les Ministères concernés, aboutit  globalement à la mise en place de cinq DES. Deux DES « longs » de quatre ou cinq ans, accessibles à partir de concours national d’internat en Pharmacie et correspondant au DES de Biologie Médicale et au DES de Pharmacie hospitalière. Un DES « Spécialités pharmaceutique et Recherche » de trois ans accessible par concours « locaux » organisés à l’échelle des régions et deux DES « courts » de un an. Ces deux derniers correspondent d’une part à un DES de Pharmacie officinale, sous statut d’interne, et se déclinant en deux stages de six mois, dont au moins un stage effectué obligatoirement en ambulatoire dans une pharmacie d’activité libérale. Il s’agit d’autre part d’un  DES de Pharmacie industrielle ; ce DES de un an, hors statut d’interne, se substituera à l’actuelle 6ème année à orientation industrielle et permettra en outre de mettre en place un double cursus de formation avec en parallèle un cursus spécialisé (cursus d’ingénieur, ou École de Commerce ou M2 spécialisé….) permettant l’acquisition de compétences métiers requises par l’industrie pharmaceutique. Il n’est pas douteux que d’autres évolutions verront le jour dans l’avenir, en essayant de respecter au mieux ce qui nous semble être les grands principes devant présider à toute réforme du cursus de formation des Pharmaciens : 1. Le maintien de l’expression des gènes constants de « l’ADN pharmaceutique » (formation scientifique polyvalente, rigueur scientifique, respect du tryptique Patient /Santé/Éthique, Le spécialiste du Médicament). 2. Favoriser, au-delà de la formation spécifiquement métier, l’apprentissage du travail en Équipe, du travail par projet et du « savoir être ». 3. Organiser, en développant les partenariats nécessaires, des double cursus de formation. 4. Bien distinguer ce qui relève strictement de la formation de ce qui peut s’apprendre au cours du temps en donnant les clefs de l’autoapprentissage et de l’adaptabilité.


« Développement professionnel continu »

Pascal Paubel, membre de l’Académie nationale de Pharmacie

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Le nouveau dispositif de formation continue des professionnels de santé est entré en vigueur en juin 2012, et se dénomme désormais développement professionnel continu (DPC). Il a connu en 2016 une réforme majeure de son organisation et de son fonctionnement que nous allons décrire.

La loi n°2016-419 de modernisation de notre système de santé du 26 janvier 2016 a modifié la définition, les obligations et les modalités de contrôle du DPC.

Le DPC a dorénavant pour objectifs :

- le maintien et l’actualisation des connaissances et des compétences ;

- l’amélioration des pratiques.

Il constitue une obligation légale pour tous les professionnels de santé en exercice.

Cette loi a également créé une agence nationale du développement professionnel continu (ANDPC) qui remplace l’ancien organisme de gestion du DPC dont le fonctionnement et la gestion avaient été critiqués dans un rapport de l’Inspection générale des affaires sociales en 2014. Cette agence est organisée avec un certain nombre d’instances : assemblée générale, conseil de gestion, sections professionnelles, haut conseil du DPC, comité d’éthique et commissions scientifiques indépendantes (CSI), dont une pour les pharmaciens et une pour les biologistes.

Pour satisfaire à son obligation de DPC, le professionnel de santé doit justifier au cours d’une période de trois ans (au lieu d’un an précédemment), soit de son engagement dans une démarche d’accréditation, soit de son engagement dans une démarche comprenant des actions de formation continue, d’évaluation et d’amélioration des pratiques et de gestion des risques pouvant être réalisées, soit distinctement, soit couplées à des programmes dits intégrés.

Les actions de DPC s’inscrivent dans de cadre d’orientations prioritaires pluri-annuelles de 3 ordres : priorités par profession et/ou discipline (définies par les conseils nationaux professionnels, s’ils existent), orientations nationales de santé définies par l’arrêté du 8 décembre 2015 pour les années 2016 à 2018, priorités issues du dialogue conventionnel

L’Université participe par son expertise pédagogique dans le domaine de la formation initiale et continue des professionnels de santé au développement du DPC.

Les organismes de DPC et la qualité scientifique et pédagogique des programmes de DPC sont évalués par les CSI.

Des dispositifs de contrôle des organismes et des programmes de DPC sont mis en place, pouvant conduire à des sanctions administratives ou financières en cas de manquements constatés.

16h20  Table ronde et questions-réponses

Modérateur : Jean-Claude Chaumeil, membre de l’Académie nationale de Pharmacie

Participants : Magali Léo, RENALOO ; Robin Ignasiak, Président de l’ANEPF ; Marcelline Grillon, Vice-Présidente de la section A de l’Ordre national des Pharmaciens ; Jacqueline Surugue, Vice-Présidente de la FIP ; Bernard Müller, Président de la Conférence des Doyens des Facultés de Pharmacie

Perspectives par Francis Megerlin, membre de l’Académie nationale de Pharmacie

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Clôture par le Président Jean-Loup Parier