Sance acadmique

Sance hybride
loge de Monique Adolphe, prononce par le Professeur Jean-Paul TILLEMENT

EXPOSS

"Intoxication au protoxyde d'azote, consquences mtaboliques long terme, tat des lieux et projets en cours", par Guillaume GRZYCH

"Mtabolisme du fer chez Scedosporium apiospermum, un pathogne fongique mergent de la mucoviscidose", par Yohan LE GOVIC

COMMUNICATIONS

"Information sur le mdicament : l're du numrique une acclration s'impose dans l'intrt des patients", par Nathalie LE MEUR

"Les microARN circulants, nouveaux biomarqueurs de la pollution atmosphrique", par Guillaume GARCON


 

Séance académique

Mercredi 14 septembre 2022 à 14 h 00

 Ordre du jour

 

 

1-      Éloge de Monique Adolphe, prononcée par le Professeur Jean-Paul Tillement

Texte prononcé

2-      Activités administratives de l’Académie

Informations du Président

Informations du Secrétaire Perpétuel

3-       Travaux scientifiques & professionnels

3.1 EXPOSÉS (20 min)

« Intoxication au protoxyde d’azote, conséquences métaboliques à long terme, état des lieux et projets en cours »

Guillaume Grzych, Lauréat 2021 du Prix Silviane Châtelain de l’Académie nationale de Pharmacie,

MCU-PH, CHU Lille

Le protoxyde d’azote (N2O), appelé «gaz hilarant» ou encore «proto», est avant tout utilisé à la fois dans le domaine médical pour son action analgésiante et dans celui de l’industrie comme gaz propulseur ou comburant. Son usage a cependant été détourné à des fins récréatives via son inhalation sous la forme de cartouches ou de bonbonnes. Les spécialistes de l’addictovigilance ont observé depuis 2018 une augmentation préoccupante de ce mésusage, notamment chez les 18-25 ans (rapport ANSES 2019). Les régions Hauts-De-France et Ile-De-France sont les plus touchées. Ce gaz, en vente libre, notamment sur internet, est «discret» (pas d’odeur, ni d’effets physiques caractéristiques) et son action est rapide. Les usagers considèrent ses effets éphémères et bénins. Pourtant, il existe une toxicité réelle liée à l’usage chronique du N2O entrainant des troubles neurologiques potentiellement grave, notamment un tableau de sclérose combinée de la moelle (SCM), d’évolution plus ou moins résolutive pouvant aller jusqu’à un handicap moteur invalidant. L’apparition de troubles psychiques liés à une consommation de N2O a également été rapportée ainsi que quelques cas d’évènements thrombotiques. Devant l’augmentation du nombre d’hospitalisations pour ces troubles liés à la consommation chronique de N2O, nous avons constitué dans la région des Hauts-de-France un groupe de travail pluridisciplinaire sur ce sujet : son premier objectif est de sensibiliser les soignants à cette question diagnostique et optimiser le parcours de soin du patient (standardisation du bilan biologique à l’arrivée aux urgences, prise en charge médicale, consignes de surveillance biologique…). Le second objectif de ce groupe de travail est d’étudier au sein du laboratoire la pertinence des marqueurs biologiques diagnostiques de cette intoxication. En effet, les dosages du N2O sérique ou urinaire ne sont pas réalisés en routine du fait de leurs demi-vies très courtes dans l’organisme et donc de leur impossibilité d’évaluer l’importance d’une réelle exposition.

« Métabolisme du fer chez Scedosporium apiospermum, un pathogène fongique émergent dans la mucoviscidose »

Yohan Le Govic, Laboratoire de Parasitologie et Mycologie Médicales, Centre de Biologie Humaine, CHU Amiens Picardie, Equipe AGIR : Agents Infectieux, Résistance et Chimiothérapie. UR4294, Université de Picardie Jules Verne

Diapositives présentées

Les espèces du complexe Scedosporium apiospermum se situent au deuxième rang des champignons filamenteux isolés des expectorations de patients atteints de mucoviscidose. Leur aptitude à disséminer en cas d'immunodépression et leur faible sensibilité aux antifongiques actuels en font de redoutables pathogènes lors d'une transplantation pulmonaire, notamment en cas de colonisation préalable des voies respiratoires. Une meilleure compréhension de leurs mécanismes pathogéniques et l'identification de nouvelles cibles thérapeutiques sont donc des enjeux majeurs pour l'amélioration de la prise en charge des patients.

Dans la mucoviscidose, du fait de la viscosité du mucus bronchique, le champignon est confronté à un environnement physicochimique particulier (hypoxie, hypercapnie…). Les métabolites secondaires issus de la synthèse peptidique non-ribosomique sont décrits comme facilitant l'adaptation et la survie des microorganismes dans un environnement hostile. Ces métabolites pourraient notamment jouer un rôle majeur dans l’acquisition du fer extracellulaire, oligoélément essentiel mais séquestré par les protéines de l’hôte.

L’analyse bioinformatique du génome de S. apiospermum a d’abord permis d’identifier 9 gènes codant des synthétases peptidiques non ribosomiques (NRPSs, Non Ribosomal Peptide Synthetases), dont un orthologue de sidD responsable de la synthèse d’un sidérophore sécrété chez Aspergillus fumigatus. Le rôle de ce gène dans l’acquisition du fer a été conforté par analyse transcriptomique puis par la disruption du locus sidD chez S. apiospermum. En effet, l’étude des mutants générés a permis d’identifier la nature exacte du sidérophore produit, et de démontrer son importance pour la croissance et la virulence du champignon. Nos expériences ont également dévoilé la capacité de ce sidérophore à pirater le fer lié à la pyoverdine, ce qui pourrait expliquer l’antagonisme rapporté entre Scedosporium spp. et le bacille pyocyanique dans le contexte de mucoviscidose.

Au total, ces résultats indiquent une implication majeure du système sidérophore chez S. apiospermum. Outre l’amélioration des connaissances sur la biologie des Scedosporium, ces travaux ouvrent de nouvelles perspectives diagnostiques (biomarqueurs, imagerie médicale) et thérapeutiques (stratégies innovantes type « Cheval de Troie ») pour les scédosporioses, et de manière plus générale pour les infections fongiques.

2.2 COMMUNICATIONS (10 min)

« Information sur le médicament : à l’ère du numérique une accélération s’impose dans l’intérêt des patients »

Nathalie Le Meur, Pharmacien industriel Groupe Sanofi, Pharmacien responsable Sanofi Aventis France (2007-2021), présentée par la 4e section

Diapositives présentées

La notice d’un médicament est sensée être pour le patient ce qu’est le Résumé des Caractéristiques Produit pour les professionnels de santé : un condensé d’informations scientifiques actualisées, validées, claires, compréhensibles et facilement accessibles. Le contenu de la notice est très calqué sur une déclinaison du Résumé des Caractéristiques Produit alors que les publics sont très différents ce qui pose un dilemme : comment concilier le droit fondamental du patient à être informé avec le devoir d’éducation thérapeutique du médecin ? et ce, dans un contexte de multiplication des sources d’information dans les médias ou sur internet qui sont beaucoup moins régulées.

En effet, le foisonnement et la diffusion incontrôlables, par les médias ou internet, d’informations sur les médicaments contribuent parfois à la perte de repères, à la confusion et à la méfiance des patients.

Pourtant, la rapidité de diffusion et d’accès aux notices de médicaments est nécessaire en continu pour permettre d’accéder aux nombreuses actualisations validées par les modifications d’AMM : ceci est difficilement compatible avec le seul papier vu les délais d’implémentation industrielle nécessaires avant qu’une notice actualisée soit disponible dans une boite de médicament à l‘officine.

Ces différents constats ne sont pas récents : déjà évoqués dans différents rapports nationaux, l’agence européenne du médicament a également établi un plan d’action en Nov 2017 suite au rapport de la commission européenne pour améliorer l’information produit. Dans ce plan d’action, une forte priorité a été mise sur le développement du format électronique de la notice dont l’intérêt est évident pour de multiples raisons. Plusieurs pays en Europe ont déjà bien avancé sur ce sujet, avec des expériences en cours.

La présentation permettra de resituer le contexte et les constats et d’évoquer les opportunités d’accélération de ce mouvement de modernisation qui pourrait bénéficier aux patients bien sûr, et également aux parties prenantes de la chaîne pharmaceutique, des laboratoires fabricants aux distributeurs et dispensateurs (à l’hôpital ou l’officine). Notamment en revenant sur la gestion récente de situations exceptionnelles telle que la pandémie de COVID (avec les forts besoins en vaccins et médicaments essentiels à l’hôpital) et sur la révision de la législation pharmaceutique en cours.

Cela pourrait contribuer à restaurer de la clarté et de la confiance pour les patients, et représente un enjeu sociétal et réputationnel d’importance pour tous les professionnels de la santé.

« Les microARN circulants, nouveaux biomarqueurs de la pollution atmosphérique »

Guillaume Garçon, Responsable du service de toxicologie et de santé publique de l'UFR3S-Pharmacie, Professeur de toxicologie, Université de Lille, présenté par la 6e section

Diapositives présentées

Pour la période 2016-2019, Santé publique France a estimé que chaque année près de 40 000 décès ont été attribuables à une exposition des personnes âgées de 30 ans et plus aux particules fines (PM2.5), et que cette exposition causerait en moyenne une perte d’espérance de vie de près de 8 mois. Même si, à ce jour, il reste très difficile de discerner les polluants les plus impliqués dans l’impact sanitaire de la pollution de l’air, les résultats des études expérimentales et épidémiologiques supportent le rôle clef joué par la fraction particulaire fine à défaut d’éléments à ce jour suffisants à l’égard de la fraction ultrafine. Des recherches expérimentales in vitro et in vivo sur les mécanismes cellulaires et moléculaires de ces particules, en relation avec leurs caractéristiques physico-chimiques et leurs sources, ont montré la dérégulation de l'expression de familles de gènes impliquées dans le maintien de l'homéostasie cellulaire. Or, les microARN (miARN), des ARN non-codants de très petites tailles, sont capables d’inhiber l’expression de certains gènes par des mécanismes de régulation post-transcriptionnelle, en se fixant de manière ciblée aux parties 3’ non traduites (3’UTR) des ARNm et en provoquant un blocage de la traduction ou la dégradation de ces derniers. Ce mécanisme n’est cependant pas exclusif, la fixation des miARN sur les régions 5’UTR étant aussi possible et activant ou réprimant la traduction. Chaque miARN a ainsi la capacité de réguler la stabilité d’un large spectre d’ARNm distincts. Chez l’homme, environ 2600 miARN matures ont déjà été répertoriés, et plus de 60% des gènes sont susceptibles d’être régulés par les miARN. La présence de miARN circulants, provenant non seulement de leur libération lors de la mort cellulaire mais aussi de leur sécrétion complexe et régulée, a très récemment été décrite comme un reflet des profils organo-spécifiques des miARN. La recherche cruciale de modifications quantitatives des miARN dans les matrices biologiques, in vitro et in vivo, dans un contexte d’exposition à la pollution de l’air constitue par conséquent un axe de recherche très prometteur. Grâce à leur stabilité, les miARN circulants représenteraient en effet une nouvelle famille de biomarqueurs, pertinents et peu invasifs, et à très fort potentiel en santé environnementale.

 

Clôture par le Président, Jean-Louis Beaudeux

 

 

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