"Rsistance aux antibiotiques : une impasse thrapeutique ? Implications nationales et internationales"

Sance thmatique inter-acadmique du 21 novembre 2012
Diapositives prsentes

 

 

« Résistance aux antibiotiques : une impasse thérapeutique ?

Implications nationales et internationales »

 

Séance thématique inter-académique

sous le haut Patronage

de la Ministre des Affaire sociales et de la Santé

de la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche

du Ministre de l’Agriculture, de l’Agroalimentaire et de la Forêt

 

Avec la participation

de l’Académie nationale de Pharmacie,

de l’Académie Nationale de Médecine,

de l’Académie Vétérinaire de France,

de l’Académie d’Agriculture de France

 

Séance en hommage au Pr René Dubos

 

 

Accueil général et Introduction générale sur le déroulement de la journée (problématique, état des lieux…) 

Pr Jean-Paul Chiron, Président de l’Académie nationale de Pharmacie

Pr André-Laurent Parodi, Président de l’Académie Nationale de Médecine

Pr Jeanne Brugère-Picoux, Président de l’Académie Vétérinaire de France

Jean-François Colomer, Président de l’Académie d’Agriculture de France

*     *     *

 

« Résistance aux antibiotiques : gènes sans frontières »

Pr Patrice Courvalin, Directeur de l'Unité des Agents Antibactériens de l'Institut Pasteur de Paris, membre de l’Académie des technologies

Diapositives présentées

L’évolution des bactéries vers la résistance est inévitable car elle représente un cas particulier de l’évolution générale des bactéries. Elle résulte de deux étapes indépendantes : l’émergence et la dissémination, quoique, et comme il sera présenté, le mécanisme de la première peut influencer largement le succès de la seconde. Par ailleurs les antibiotiques influent sur ces deux évènements. La résistance aux antibiotiques est secondaire à des mutations dans des gènes résidents de structure ou de régulation ou à l’acquisition horizontale d’information génétique étrangère.

La survenue de mutations est un mécanisme efficace de résistance. Elles sont considérées comme rares car surviennent à des fréquences faibles. Cependant, cette limitation est facilement contournée car, au cours des infections humaines, les populations bactériennes sont très importantes. Il a été montré récemment que le stress provoqué par de faibles concentrations d’antibiotiques entraînait une augmentation du taux de mutation. Les antibiotiques se comportent alors comme des mutagènes aléatoires responsables de la résistance à diverses classes d’antibiotiques alors que la bactérie reste sensible à la molécule utilisée.

Les antibiotiques peuvent également augmenter le transfert de gènes. De faibles concentrations induisent la transformation génétique chez Streptococcus pneumoniae, un processus qui permet l’incorporation dans la bactérie réceptrice et l’intégration dans le génome d’ADN exogène ; ce phénomène rend les mutations chromosomiques transférables. Il a été également montré que de faibles concentrations de tétracycline augmentaient, d’un facteur 10 à 100, à la fois in vitro au laboratoire et in vivo en modèle animal murin le transfert de transposons conjugatifs.

Ainsi donc, et par les mécanismes ci-dessus, la résistance, soit par mutation soit par acquisition de gène, peut être dramatiquement augmentée par la présence de faibles concentrations d’antibiotiques dans l’environnement des bactéries. Dans la mesure où la dissémination de la résistance est étroitement corrélée à l’ampleur de la pression de sélection, le seul espoir est d’essayer de retarder cette dissémination. Ceci laisse une seule recommandation : l’usage des antibiotiques doit être prudent, ciblé et raisonné.

 

 

 

1ère Session

État des lieux et connaissances scientifiques des résistances

Modérateurs : Pr Philippe Thibault et  Pr Patrice Courvalin

(Conférences de 20 minutes par conférencier et 5 minutes de questions - réponses)

 

Les processus que l’on connaît et ce qui reste à découvrir.

Ce qui se passe dans l’eau, le sol… et selon les circonstances d’usage. Information sur les connaissances des caractères épidémiques.

Qui consomme quoi, pourquoi, comment ? Les mauvaises pratiques.

Le poids de chaque composante ? Visions de santé publique.

 

 

État des lieux - conséquences de la consommation des antibiotiques sur la résistance bactérienne dans les :

-  populations animales

Pascal Sanders, Directeur du Laboratoire des Médicaments vétérinaires – Anses

Diapositives présentées

-  populations humaines 

Pr Didier Guillemot, Directeur de l’Unité Pharmacoépidémiologie et maladies infectieuses,  Pasteur/Université Versailles Saint Quentin/Inserm

Diapositives présentées

Le développement d’outils de surveillance de la consommation des antibiotiques dans les populations animales est confronté à la difficulté d’obtenir des données dans les différentes espèces animales et pour chaque espèce dans les différents stades des filières de production pour attribuer au mieux leur contribution aux usages. Plusieurs types d’outils peuvent être utilisés pour décrire les quantités consommés au niveau national comme les utilisations au niveau du prescripteur ou de l’utilisateur final. La diversité des espèces animales et des systèmes de production rend toutefois délicat la définition d’une unité de mesure reconnue au niveau européen et reste le challenge des années à venir pour mettre en place une surveillance harmonisée. Cependant l’appropriation de démarche d’auto-évaluation par certaines filières de production animale comme le porc ou le lapin en France est un pas en avant pour la maîtrise de ces usages par ces filières. A ce jour, le couplage de ces données de surveillance de l’usage avec les données de surveillance de la résistance chez les animaux producteurs de denrées alimentaires se révèle un challenge scientifique. De nombreux facteurs, autres que l’utilisation des antibiotiques peuvent jouer un rôle majeur en matière d’épidémiologie de la résistance, notamment en matière de diffusion clonale de clones résistants (ex : SARM ST 398) ou de dissémination de gènes de résistance via les éléments mobiles (ex : BLSE). Ainsi le rôle des modes de production, de transports des animaux, d’organisation pyramidale de la reproduction diversifie les voies de transmission et le débit de transmission au sein des populations animales des bactéries résistantes aux antibiotiques.

Concernant des populations humaines, la France faisait partie des pays au sein desquels l’exposition des populations était parmi les plus importantes des pays développés dans les années 2000. Elle était aussi le pays rapportant les taux de résistance de S. pneumoniae parmi les plus élevés. De nombreux arguments convergeant vers la causalité de l’un sur l’autre, un programme national a été mis en oeuvre à l’initiative du Ministère de la Santé en 2002. Il s’agissait du plan « Pour préserver l’efficacité des antibiotiques ». Celui ci a été décliné notamment par une campagne de communication dont le message principal était « Les antibiotiques c’est pas automatique ! » Campagne financée et piloté par l’Assurance Maladie. Au résultat de ces initiatives, il a pu être observé une diminution tout à fait significative notamment lors des premières années. De ce point de vue, ces initiatives compte au nombre des succès des programmes de santé publique en France. Sans que cela ne soit vraiment coordonné ce programme fut contemporain de l’introduction puis de l’extension de la population cible du vaccin conjugué antipneumococcique 7 valent (PCV7). Dans un premier temps une diminution de l’incidence des méningites à pneumocoque fut observée, mais les résultats récents suggèrent quelques évolutions paradoxales qui pourtant auraient pu être anticipées. Pour le futur, un dilemme pourrait être à prévoir : d’un coté, une augmentation de l’incidence des infections invasives sensibles à la pénicilline et aux macrolides dans un scenario de poursuite des efforts de diminution de l’exposition de la population française à ces molécules, d’un autre coté une augmentation des infections communautaire à E. coli producteur de BLSE si rien n’est fait dans ce sens. C’est peut être à cela que doivent se préparer les décideurs de santé publique.

 

« Impact des activités humaines sur l'occurence, la diversité et la mobilisation des gènes de résistance aux antibiotiques au sein des communautés bactériennes de l'environnement »

Dr Pascal Simonet, Directeur de Recherche au CNRS, Responsable de l'équipe "Génomique Microbienne Environnementale", Laboratoire Ampère, UMR CNRS 5005, École Centrale de Lyon

Dr Joseph Nesme, équipe "Génomique Microbienne Environnementale", Laboratoire Ampère, UMR CNRS 5005, École Centrale de Lyon

Des quantités considérables d’antibiotiques provenant du recyclage des eaux usées et des déjections des animaux de ferme sont quotidiennement rejetées dans l’environnement. L’impact exact de ces polluants sur la résistance à des antibiotiques des bactéries du sol et notamment la dissémination de leurs gènes reste encore largement à démontrer mais le problème est d’autant plus sérieux qu’environ la moitié (tant qualitativement que quantitativement) de tous les antimicrobiens disponibles sur le marché ont un usage vétérinaire, ces antibiotiques ayant un mode d’action similaire à ceux utilisés en médecine humaine.

Tout aussi controversé est l’impact de l’utilisation des antibiotiques dans le monde agricole sur les souches pathogènes ainsi rendues résistantes impliquées dans les infections chez l’homme. Pour certains auteurs, la détection de gènes codant la résistance à un large spectre de bêta-lactamines ou d’autres gènes conférant la résistance au ceftiofur (céphalosporines de troisième génération) présentant des séquences identiques chez des souches isolées de volailles et celles d’environnements clinique démontre clairement le lien entre ces écosystèmes. En tout état de cause, de nombreux indices et preuves indirectes indiquent les possibles conséquences sur la santé humaine et sur l’environnement de ce type de pollutions.

Notre présentation dans le cadre de ce colloque fera le point sur les différents travaux réalisés soit en conditions de laboratoire (microcosmes ou mésocosmes) soit à partir d’échantillons prélevés directement sur le terrain. En ce qui concerne les sols, nous étaierons notre propos à partir des travaux réalisés dans notre laboratoire alors que l’impact sur les communautés microbiennes des milieux aquatiques sera illustré d’après les résultats obtenus au Laboratoire M2C à l’Université de Rouen (Pr. F. Petit). Nous montrerons comment des questions sociétales joignant environnement et santé bénéficient des avancées de la microbiologie environnementale moléculaire combinant approches classiques en microbiologie basées sur l’isolement in vitro et nouvelles technologies de métagénomique faisant appel au séquençage massif de l’ADN, à la PCR quantitative, aux puces à ADN taxonomiques. Des activités humaines aussi différentes que le recyclage des eaux usées, l’épandage de fumiers provenant de fermes faisant usage d’antibiotiques ou la culture de plantes transgéniques peuvent ainsi être étudiées à des niveaux de sensibilité très élevés pour en définir l’impact sur la charge en gènes de résistance (aspect quantitatif), leur diversité et leurs potentialités à être transférées du fait de leur présence sur des éléments génétiques mobiles. 

Les conclusions sur l’impact respectif de ces différentes activités humaines sur ces deux types d’environnement (sol et eau) seront discutées et des recommandations seront proposées afin de limiter le transfert de ces gènes de résistance entre bactéries saprophytes du sol et bactéries pathogènes.

   

2ème Session 

questions d'actualité : les impasses thérapeutiques

Modérateurs : Pr Patrice Courvalin et Pr Philippe Thibault

 

Des exemples : la raison des exemples choisis sera exposée par les modérateurs et indiquera que la tuberculose ne sera pas traitée.

 

« Diffusion mondiale de clones d'Escherichia coli mulirésistant aux antibiotiques »

Pr Marie-Hélène Nicolas-Chanoine, PU-PH de microbiologie à la Faculté de Médecine D. Diderot, membre de l'U773, Université Paris VII, Chef du service de Microbiologie de L'Hôpital Beaujon, Clichy

Diapositives présentées

Escherichia coli est la principale bactérie aérobie du microbiote intestinal des hommes et des animaux à sang chaud. Elle est aussi la première espèce d’entérobactérie responsable d’infections extra-digestives chez ces hôtes. Ces caractéristiques éco-épidémiologiques font d’E. coli une espèce constamment exposée aux antibiotiques utilisés chez l’homme et l’animal. Le corollaire de cette exposition est l’émergence et la dissémination de souches multirésistantes aux antibiotiques.

Depuis le début des années 2000, des souches résistantes à plusieurs familles d’antibiotiques et, au sein de ces différentes familles, aux molécules à spectre large (céphalosporines de 3ème génération et fluoroquinolones, par exemple) ont émergé dans le monde entier d’une part chez l’homme et l’animal, et d’autre part, en ville et à l’hôpital.

Depuis 2008, il a été mis en évidence que le succès mondial de souches humaines d’E. coli productrices de bêta-lactamase à spectre étendu (BLSE) de type CTX-M (notamment CTX-M-15) et résistantes aux fluoroquinolones est lié à la diffusion de quelques clones qui ont été caractérisés par leur « Sequence Type » (ST) : ST10, ST405 et ST131.

Depuis sa 1ère description en janvier 2008, le clone ST131 multirésistant aux antibiotiques a fait l’objet de multiples études, car il possède, à la différence des autres clones mondiaux, les deux principales caractéristiques des E. coli pathogènes extra-intestinaux : appartenance au groupe phylogénétique B2 et présence de facteurs de virulence. Aussi, la diffusion mondiale d’un clone d’E. coli associant virulence et multirésistance constitue un véritable problème de santé publique.

Ce que nous savons à ce jour d’E. coli ST131 :

-       il est majoritaire au sein des souches d’E. coli résistantes aux fluoroquinolones et non productrices de BLSE,

-        il constitue la population dominante d’E coli chez environ 10% des sujets sains vivant en région parisienne,

-       il est quasiment le seul clone du group B2 capable d’héberger les BLSE CTX-M,

-       en son sein sont identifiés différents pulsotypes et différents pathovars significativement associés à différents traits épidémiologiques (source, période d’isolement, origine géographique),

-       il est rarement identifié chez les animaux et quand il l’est, il correspond à certains pathovars. 

Toutes ces données suggèrent que le clone ST131 est un clone particulièrement bien adapté à l’homme et que combattre sa dissémination mondiale passe par le respect en ville et à l’hôpital de l’hygiène de base (lavagedes mains, non partage des serviettes de toilette etc ) et bon usage des antibiotiques

 

 « Autres exemples de multirésistance : staphylocoques et salmonelles »

 
Pr Alain Philippon, Membre de l’Académie Vétérinaire de France


Diapositives présentées

La multirésistance aux antibiotiques (MDR) peut revêtir divers aspects selon les écosystèmes. A titre d’exemples seront choisies une espèce bactérienne à Gram-positif, Staphylococcus aureus méticillino-résistant (SARM ou MRSA pour les anglo-saxons) et une espèce à Gram-négatif, Salmonella enterica.

Pour le SARM, divers types d’infections sont clairement identifiées : celles d’origine hospitalière (HA-MRSA, Hospital-Acquired), celles d’origine communautaire avec la possible émergence de souches productrices de la toxine de Penton-Valentine (CA-MRSA, Community-Acquired) et enfin celles d’origine animale (LA-MRSA, Livestock-Associated). En France chez l’homme, la méticillino-résistance est de prévalence non négligeable, par exemple de 21,9 % en 2010, par ailleurs associée à la résistance à d’autres antibiotiques (aminosides, fluoroquinolones/FQ)....) alors que chez les carnivores (chien, chat), la prévalence est beaucoup plus faible, de l’ordre de 2%. L’identification des clônes (Géraldine, Lyon, USA300....) suggère une contamination d’origine humaine d’autant que l’espèce pathogène pour les carnivores est Staphylococcus pseudintermedius. Chez le réservoir porcin, pourvoyeur habituel de S. aureus CC398, la prévalence du SARM est faible en France (< 2 % en 2008) contrairement à d’autres pays européens (> 30-40 %). La résistance à d’autres antibiotiques est constante pour les tétracyclines et insconstante pour les macrolides (50 %) mais faible pour les autres antibiotiques comme les fluoroquinolones.

S. enterica est une bactérie zoonotique majeure, responsable majoritairement d’infections digestives aigues (TIAC). La diversité des sérovars recouvre celle de la résistance aux antibiotiques, par exemple chez S. Enteritidis et S. Typhimurium (STM). Chez STM, la MDR à certains antibiotiques (ASCTSu) est liée à un déterminant génétique en situation chromosomique donc stable: intégron complexe de 13 kb au sein d’un ilôt génomique SGI1 de 43 kb (Salmonella Genomic Island). Celui-ci a été récemment identifié chez des souches de S. Kentucky résistantes aux FQ, voire aux C3G chez des touristes en provenance d’Afrique. L’origine aquatique est suggérée. Enfin l’isolement d’un variant monophasique 1, 4, [5], 12:i: - panrésistant aux antibiotiques chez un poulet ou encore de sérovars MDR inhabituels (Babelsberg, Concord, Havana...) dans l’entourage d’enfants africains adoptés en France illustre un autre aspect épidémiologique, la contamination par l’homme en relation probable avec une mauvaise prescription des C3G pour le dernier exemple.     

 

« Impact des perturbations du microbiote sur l'incidence de certaines pathologies »  

Pr Patrick Berche Doyen de la Faculté de Médecine Paris Descartes, Membre de l’Académie Nationale de Médecine

Diapositives présentées

              La flore du tube digestif humain est un « microbiote » très complexe, constitué de1014 bactéries, répartis en 500 à 1000 espèces, à forte prédominance d’anaérobies et de germes non cultivables. Son analyse génomique révèle l’existence de 3,3 millions de gènes, témoignant de son extraordinaire diversité. Le microbiote vit en symbiose avec l’hôte et remplit plusieurs fonctions. Il forme une barrière microbiologique contre l’implantation de germes pathogènes. Il contribue aussi à la maturation de la barrière intestinale et des organes lymphoïdes. Il se comporte comme un véritable organe du fait de son énorme capacité métabolique, équivalente à celle du foie. Des arguments cliniques et expérimentaux accréditent l’idée que des perturbations du microbiote engendrées par des antibiothérapies itératives ou des régimes hypercaloriques, pourraient être à l’origine de nombreuses pathologies. Un déséquilibre des espèces bactériennes peut accroitre la récolte d’énergie à partir des aliments consommés,  favorisant des maladies métaboliques comme le diabète ou l’obésité morbide. De même, des altérations du microbiote joueraient un rôle dans l’augmentation d’incidence de certaines maladies intestinales inflammatoires (maladie de Crohn, rectocolite) et du cancer du côlon. Enfin, des arguments expérimentaux suggèrent un rôle du microbiote dans certaines pathologies mentales. Ces observations soulignent le danger des antibiothérapies intempestives perturbant le microbiote sur l’incidence de certaines pathologies à long terme.

  

3ème Session

Face à la situation : les réponses scientifiques et pistes du futur

Modératrice : Pascale Parisot

Le renouveau :

-   maîtrise des utilisations, homme, animal et végétal, « de l’irraisonné au raisonnable »

-   devoir impérieux de la recherche

Entre autres : notion de territoire, phénomène et prise de conscience mondiale

  

« De quelles alternatives notre arsenal thérapeutique anti-infectieux dispose-t-il face aux bactéries multi-résistantes  »

Pr Pierre Bourlioux Membre de l’Académie nationale de Pharmacie et de l’Académie des technologies

Diapositives présentées

La résistance multiple aux antibiotiques qui s'est développée très rapidement au cours de ces dernières années et l'absence de mise sur le marché de nouvelles molécules antibiotiques a limité les potentialités de traitement d'un certain nombre de maladies infectieuses. Alors, de quelles alternatives notre arsenal thérapeutique dispose-t-on face à ces bactéries multi-résistantes?

Si on se réfère aux données bibliographiques, on constate :

  1. que certaines alternatives existent déjà, mais correspondent plutôt à des thérapeutiques ciblées mais utiles et utilisables du type bactériophagothérapie, apithérapie ou asticothérapie,
  2. que d'autres font appel à des artifices destinés à obtenir de meilleures concentrations soit par une meilleure biodisponibilité de la molécule active, soit par une formulation permettant un ciblage plus précis, soit en associant des molécules favorisant l'action de l'antibiotique,
  3. que certaines molécules antibiotiques "anciennes" peuvent trouver de nouvelles cibles bactériennes et venir renforcer l'arsenal thérapeutique vis à vis de certaines bactéries,
  4. que de nouveaux traitements devraient être potentiellement utilisables (Probiotiques, peptides antimicrobiens, plantes médicinales et/ou extraits de plantes, Statines, Phosphonosulfonates, transfert de flore...),
  5. que de nouvelles cibles bactériennes portant notamment sur la signalisation, le quorum sensing ou les facteurs de virulence sont dans le viseur des chercheurs.

Face à ce potentiel, que peut-on retenir?

  1. Certaines thérapeutiques sont là et devraient être débloquées pour permettre une utilisation mieux contrôlée.
  2. Beaucoup de publications intéressantes n'ont manifestement pas eu d'échos dans le milieu de l'infectiologie et devraient être refaites pour confirmer ou infirmer les résultats obtenus.
  3. Concernant les plantes médicinales, les essais sont uniquement des essais in vitro. Faut-il effectuer des essais cliniques sur les formes galéniques, sur des extraits ou sur des molécules actives?
  4. Enfin, il ne faut pas oublier que selon l'adage : "il vaut mieux prévenir que guérir". En conséquence et en dehors des principes d'hygiène qu'il faut absolument respecter, il est indispensable de favoriser, dans la mesure où c'est possible, le développement de vaccinations  vis à vis notamment des germes responsables d'infections nosocomiales.

En conclusion, de nombreuses pistes sont ouvertes, mais qu'en pense l'Industrie Pharmaceutique et quelle est actuellement l'avenir de l'antibiothérapie ? Réponse  grâce à la présentation de notre collègue André Bryskier.

 

« Existe-t-il un avenir pour les antibiotiques ? Situation actuelle et future »

André Bryskier Directeur honoraire de pharmacologie et thérapie anti-infectieuse (Sanofi-Aventis)

La recherche et le développement d’un nouvel agent antibactérien est une aventure longue et complexe. En ce début du XXIe siècle, il doit répondre à plusieurs caractéristiques. En dehors des caractéristiques classiques, les nouvelles molécules doivent être actives sur les souches résistantes aux différents antibactériens disponibles, faciles à préparer industriellement, tout en conservant une bonne tolérance et cinétique. Les voies de recherche sont nombreuses, depuis le cryptage à partir de microorganismes, de végétaux, de produits animaux et marins, des modifications chimiques de molécules existantes, de l’exploitation de cibles bactériennes non utilisées. De prévoir l’avenir en pénétrant dans les systèmes physiopathologiques (exemple, la virulence). Un cas particulier est de répondre à l’émergence de bactéries pour lesquelles les traitements sont peu nombreux ou inexistants comme Acinetobacter baumannii, Clostridium difficile, les bactéries à Gram négatif non fermentaires etc…

Les modifications chimiques doivent  permettre de conserver l’activité existante et de contourner la résistance à un agent donné, citons les nouveaux glycopeptides (oritavencine active sur les souches de  Enterococcus vancomycine-R, dalbavancine, televancine), les kétolides (actifs sur les souches S.pneumoniae Ery-R), certains aminoglycosides encore en recherche, les glycylcyclines (tétracycline-R)…ces entités possèdent un double mécanisme d’action.

De cibles non exploitées ou peu, comme la synthèse des acides gras (ex. FabI avec MUT 399), ou des molécules dont la structure est originale (structure de type porphyrine - XF-73).

Des molécules encore au stade de la phase dite de « discovery » ont été synthétisées vis-à-vis de A. baumannii (dérivés de type bêta-lactamines monocycliques) ainsi que de nouveaux agents antituberculeux (ex. arylquinoleine - Tmc207) ou encore de nombreux composés anti-staphylococciques (céphalosporines, lipoglycopeptides, glycopeptides, anti-FabI, dérivés de type porphyriques etc) et enfin des agents anti-C. difficile.

Ces différentes voies de recherches se superposent à des degrés variables dans le temps et progressivement une seule voie demeurera, pour se diriger vers un avenir très différent dans les années à venir de l’antibiothérapie actuelle.

Tout  ce foisonnement  de la recherche nous permet un optimiste modéré, en rappelant la flexibilité bactérienne,  permettant aux bactéries une bonne adaptation à un nouvel environnement. Dans le futur, des associations thérapeutiques seront probablement nécessaires.

 

« Comment prévenir la résistance aux antibiotiques ? »

Pr Benoît Schlemmer, Doyen de la Faculté de médecine Paris 7 - Hôpital Lariboisière Saint-Louis


 Diapositives présentées

 

4ème Session

Stratégies et politiques sanitaires

Modérateurs : Bernard Vallat et Patrick Dehaumont

 

Côté Santé Publique, quelles sont les stratégies et politiques sanitaires nationales, européennes et internationales ? Quels rôles doivent jouer les praticiens de ville (médecins, pharmaciens vétérinaires, infirmiers) et les agronomes ? Quelles démarches doivent-ils entreprendre pour lutter efficacement contre la résistance aux antibiotiques ?

 

« Plan national de réduction de la consommation d’antibiotiques en médecine vétérinaire »

Jean-Luc Angot, Direction générale de l'alimentation ; Ministère de l'agriculture et de l'agroalimentaire

Diapositives présentées

   Les antibiotiques sont aujourd’hui largement utilisés pour traiter les infections bactériennes, aussi bien en médecine humaine qu’en médecine vétérinaire. Ils sont indispensables à la préservation de la santé. Mais si les antibiotiques détruisent ou inhibent les souches bactériennes sensibles, ils peuvent avoir des effets négatifs pour la santé publique s’ils sont utilisés de façon inconsidérée en permettant aux bactéries plus résistantes de survivre et de se multiplier. De plus en plus de souches de micro-organismes se montrent ainsi résistantes aux antibiotiques.

              Comment, dans ces conditions, traiter efficacement les infections chez l’animal ?

              Le plan national de réduction des risques d’antibiorésistance en médecine vétérinaire, lancé le 18 novembre 2011 par le ministère en charge de l’agriculture, vise justement à réduire ce risque et préserver l’efficacité des antibiotiques.

              Il vise un double objectif :

-       d’une part, diminuer la contribution des antibiotiques utilisés en médecine vétérinaire à la résistance bactérienne ;

-       d’autre part, préserver durablement l’arsenal thérapeutique pour la médecine vétérinaire, et ce d’autant plus que la perspective de développement de nouveaux antibiotiques, est réduite.

              En terme quantitatif, le plan vise une réduction en 5 ans de 25% de l’usage des antibiotiques vétérinaires, en développant les alternatives qui permettent de préserver la santé animale sans avoir à recourir aux antibiotiques.

              Le plan de réduction des risques d’antibiorésistance en médecine vétérinaire est ainsi cohérent avec les objectifs du plan « antibiotiques » du ministère chargé de la santé.

              Les actions proposées s’articulent autour de 6 axes et 41 propositions :

-       Limiter le recours aux antibiotiques par la sensibilisation des acteurs et la promotion des bonnes pratiques

-       Renforcer l'encadrement et réduire les pratiques à risque

-       Développer de nouvelles alternatives aux antibiotiques en favorisant l'expérimentation et la recherche

-       Développer un dispositif de suivi de la consommation et de l’antibiorésistance

-       Communiquer sur le plan et sa mise en œuvre auprès du public

-       Volets européen et international

             

« Antibiorésistance. Stratégie et rôle de l’organisation mondiale de la santé animale (OIE),

Bernard Vallat, Directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE)

Diapositives présentées

Dans le cadre de son mandat mondial en faveur de la protection de la santé animale et de la santé publique vétérinaire, y compris la sécurité sanitaire des aliments, l’OIE s’est penchée sur la prévention de l’antibiorésistance depuis une quinzaine d’années.

Les antimicrobiens sont des outils essentiels pour assurer la santé et le bien-être des animaux et une production de protéines nobles pouvant répondre à la demande mondiale. La mauvaise utilisation des agents antimicrobiens aussi bien en médecine humaine que vétérinaire peut induire ou augmenter l’émergence de bactéries résistantes et l’échec des traitements chez l’homme comme chez les animaux. Aussi l’utilisation prudente et raisonnée des antibiotiques est-elle une précaution nécessaire et l’OIE a développé en la matière une série de normes qui sont régulièrement mises à jour. 

La demande en protéines animales et le besoin d’une production sécurisée des produits provenant d’animaux sains augmentent au niveau mondial. Dans ce contexte, la qualité des antimicrobiens mis sur le marché et leur utilisation sous le contrôle permanent de vétérinaires bien formés à cet effet et assurant un maillage territorial efficace deviennent une priorité. 

La profession vétérinaire, à l’instar de celle des médecins et des pharmaciens, doit être encadrée par une législation appropriée afin de garantir une éthique et une compétence professionnelle indispensables au bon usage des antibiotiques et à la gestion acceptable de leur mise en marché sur le terrain. Les vétérinaires ont un rôle primordial à jouer dans tous les pays du monde afin de garantir l’utilisation responsable et prudente des antimicrobiens

L’OIE a mis en place une stratégie mondiale pour apporter à ses 178  Pays Membres, notamment aux plus pauvres,  un appui qui leur permettra de mieux appliquer les normes de l’OIE et de développer ou moderniser leur cadre législatif couvrant le contrôle de l’enregistrement, l’importation, la distribution et l’usage des antibiotiques dans les élevages.

L’OIE a également développé un programme de formation des responsables nationaux en charge du contrôle des produits vétérinaires organisé dans toutes les régions du monde, afin de sensibiliser les pays membres à ce problème potentiel et de promouvoir l’usage prudent des antimicrobiens.

Cette action est soutenue par une communication accrue : en effet,  un nouvel espace d’information a été créé, sur le site web l’OIE, à propos de l’antibiorésistance ; il offre une vue d’ensemble du travail de l’Organisation dans la prévention de l’antibiorésistance et de son engagement dans l’utilisation prudente des antibiotiques chez les animaux ; il met à disposition les recommandations et normes internationales de l’OIE dans le domaine des antibiotiques ainsi que des informations destinées aux médias. L’OIE vient de publier un nouveau volume de la Revue scientifique et technique Vol. 31 (1) dédié à ce sujet avec le précieux concours du Professeur Acar et du Dr Moulin.

L’OIE affirme que la problématique de la résistance aux antibiotiques nécessite une approche basée sur le concept « une seule santé » et agit dans ce domaine de concert avec l’OMS et la FAO.

En mars 2012, l’OIE organisera une Conférence mondiale sur l’utilisation prudente des agents antimicrobiens chez les animaux à la « Maison de la Chimie », à Paris, appelant à la solidarité internationale afin d’aider les pays du monde entier de mieux lutter contre l’antibiorésistance dans les populations animales.   

 

« Stratégie et action européennes »

Dominique Monnet, Director Antimicrobial Resistance and Healthcare-associated Infections Program, European Center for Diseases Prevention and Control (ECDC), Stockholm

Diapositives présentées

En 2001, la Commission Européenne publiait une « Stratégie communautaire de lutte contre la résistance antimicrobienne » concernant la médecine humaine et vétérinaire. Les Ministres de la Santé de l’Union Européenne (UE) ont ensuite adopté deux ensembles de Recommandations du Conseil  s’appliquant aux États membres et concernant l’utilisation prudente des agents antimicrobiens en médecine humaine (2002/77/EC) et à la sécurité des patients, y compris la prévention des infections associées aux soins et la lutte contre celles-ci (2009/C 151/01)

(http://ec.europa.eu/health/antimicrobial_resistance/policy/index_fr.htm;
http://ec.europa.eu/health/patient_safety/healthcare_associated_infections/index_fr.htm), ainsi que trois jeux de Conclusions du Conseil sur propositions des présidences de l’UE : Slovénie, 2008 ; Suède, 2009 et Danemark, 2012.

Le Centre Européen de Prévention et de Contrôle des Maladies (ECDC), créé en 2005, a choisi la résistance aux agents antimicrobiens comme l’un de ses thèmes prioritaires. Les activités comprennent l’évaluation des risques liés à la résistance (surveillance, études ponctuelles, production de rapports techniques et d’avis scientifiques), la communication sur ces risques en direction des professionnels et du public, (http://www.ecdc.europa.eu/en/activities/diseaseprogrammes/arhai/pages/index.aspx), avec en particulier les réseaux EARS-Net (« European Antimicrobial Resistance Surveillance Network ») et ESAC-Net (« European Surveillance of Antimicrobial Consumption Network ») et une campagne européenne d’information sur l’utilisation prudente des antibiotiques (« European Antibiotic Awareness Day », (http://antibiotic.ecdc.europa.eu).

Les autres agences européennes conduisent aussi des actions dans ce domaine, en particulier, l’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments  (EFSA) pour la surveillance de la résistance dans les bactéries isolées des animaux et des aliments et  l’Agence Européenne des Médicaments (EMA) avec le projet ESVAC (« European Surveillance of Veterinary Antimicrobial Consumption »).

En avril 2010, le second rapport d’évaluation de la Commission au Conseil sur la mise en œuvre dans les États membres de la Recommandation du Conseil 2002/77/EC, ainsi qu’un sondage Eurobaromètre sur la résistance antimicrobienne, ont montré les progrès effectués, d’une manière générale, depuis 2001, mais mettaient en évidence l’ampleur des efforts restant à effectuer.

En novembre 2012, la Commission a communiqué au Parlement Européen et au Conseil son « Plan d’action pour combattre les menaces croissantes de la résistance aux antimicrobiens » pour les cinq années à venir.  Ce plan d’action décrit 12 actions à mettre en œuvre avec les États membres et recense sept objectifs prioritaires: « (1) garantir que les agents antimicrobiens sont utilisés de façon appropriée, tant chez l’homme que chez les animaux; (2) prévenir les infections microbiennes et leur propagation; (3) mettre au point de nouveaux antimicrobiens efficaces ou rechercher d’autres solutions de traitement; (4) coopérer avec les partenaires internationaux afin d'endiguer les risques de propagation de la résistance aux antimicrobiens; (5) améliorer le suivi et la surveillance en médecine humaine et en médecine vétérinaire; (6) encourager la recherche et l'innovation et (7) améliorer la communication, l'éducation et la formation » (http://ec.europa.eu/dgs/health_consumer/docs/communication_amr_2011_748_fr.pdf).
Ce plan d’action reconnaît que le problème de la résistance aux antibiotiques ne peut être résolu par des efforts isolés et sectoriels et doit donc faire l’objet d’une démarche globale. En particulier, il met en avant l’importance du lien entre médecines humaine et vétérinaire comme souligné dans l’initiative « One Health » ; une approche visant à s’assurer qu’à la fois les êtres humains et les animaux sont en bonne santé.

Chacun d’entre nous porte une part de responsabilité dans le bon usage des antibiotiques : à titre individuel en tant qu’utilisateur potentiel d’antibiotiques et souvent en tant que parent d’enfants susceptibles de recevoir des antibiotiques. De plus certains (médecins, pharmaciens, infirmières, vétérinaires, éleveurs,  etc.) ont une part de responsabilité supplémentaire vis-à-vis de la société du fait de leur profession qui les amène à prescrire, dispenser ou administrer des antibiotiques. Nous sommes tous responsables du bon usage des antibiotiques, et nous sommes tous responsables de la préservation de leur efficacité pour les générations futures.

 

« Politiques sanitaires, le rôle des professionnels concernés par la résistance aux antibiotiques » 

Table ronde coprésidée par Pr Jean-Paul Chiron, Président de l’Académie nationale de Pharmacie et Pr André-Laurent Parodi, Président de l’Académie Nationale de Médecine

Avec la participation de :

Jeanne Brugère-Picoux, Président l’Académie Vétérinaire de France, 

Jean-Louis Bernard, correspondant national de l’Académie d’Agriculture de France,

Michel Baussier, Président de l’Ordre des Vétérinaires,

Isabelle Adenot, Président du Conseil national de l’Ordre des Pharmaciens,

Dr Jean Marc Brasseur, Vice-Président de la Section Santé Publique et Démographie médicale (Ordre national des Médecins),

Jean Carlet, Coordinateur de l’Alliance Contre le développement des Bactéries Multi-Résistantes aux Antibiotiques,

Bernard Vallat, Directeur général de l’Organisation Mondiale de la Santé Animale (OIE)

Dominique Monnet, Director Antimicrobial Resistance and Healthcare-associated Infections Program, (ECDC), Stockholm

                                                                                                                                     

Conclusions, recommandations

Diapositives présentées


Clôture par Jean-Yves Grall, Directeur général, Direction générale de la Santé, Ministère des Affaires sociales et de la Santé