Il faut relancer la chimie thrapeutique

3 questions à Bernard Meunier*

Il faut relancer la chimie thérapeutique

1.   Pourquoi avoir délaissé la chimie thérapeutique ?

Le désamour de la France pour la chimie thérapeutique date du début des années 2000, quand les adeptes de la globalisation sans limite ont fait leur credo de la « société post-industrielle ». Le textile et la chimie ont été en tête de liste des industries transférées en Asie. Malgré le coût relativement faible des principes actifs chimiques dans le prix final du médicament, le transfert de la production des intermédiaires et des médicaments finis vers des pays à bas coûts salariaux a été massif. Et puis, sans chimie, notre pays allait devenir plus « vert »...

Parallèlement, cette période a été celle de la montée en puissance des biopharmaceutiques, essentiellement des anticorps monoclonaux développés pour la cancérologie. La chimie a alors été discréditée au profit de la biologie : au lieu d’additionner chimie et biologie pour faire des médicaments, nous avons eu tendance à soustraire ; ce fut biologie moins chimie.

Nous payons aujourd’hui les conséquences de cet abandon de la chimie avec les ruptures d’approvisionnement en médicaments ou intermédiaires et la perte d’une grande partie de notre capacité d’innovation dans ce domaine, alors que les molécules chimiques représentent de manière quasiment constante depuis plus de 25 ans près de 65 % du nombre total des nouveaux médicaments.

2.   La recherche doit-elle suivre la mode ?

Non. Les modes sont créées par des groupes d’opinion, alors que ce sont les chercheurs les plus motivés et aussi les plus créatifs qui devraient être soutenus, ce qui est souvent le contraire de la mode. Or, l’essentiel du financement des laboratoires est assuré par les appels à projets, ce qui oblige tous les chercheurs à se regrouper sous les mêmes « réverbères », reflétant souvent la taille des communautés. L’effet de mode est alors incontournable.

3.   Comment relancer la filière des médicaments chimiques ?

Cette relance doit se faire d’urgence, de deux façons : d’une part, en créant un programme interdisciplinaire de recherche chimique « Pirmed-Chem » couvrant la chimie thérapeutique et la pharmacologie, en veillant au centrage scientifique de la gouvernance et avec des moyens significatifs ; d’autre part, en soutenant la composante industrielle du médicament chimique. La création de nouveaux médicaments pourrait alors se faire en partenariat avec une industrie qui, après avoir repris la main sur la chaîne de production et intégré des méthodes de synthèse « éco-responsables » serait en mesure d’assurer une autonomie pérenne pour l’approvisionnement en médicaments, pas seulement en cas de crise sanitaire aiguë.

* Président honoraire de l’Académie des sciences. Membre associé de l’Académie nationale de Pharmacie. Directeur émérite du Laboratoire de Chimie de Coordination du CNRS