Les bactriophages

3 questions à Pierre Bourlioux

Les bactériophages


1. Qu’est-ce qu’un bactériophage ?


Un bactériophage est un virus qui détruit spécifiquement les bactéries en se fixant sur des récepteurs qui lui permettent de faire pénétrer son matériel génétique, se reproduire, libérer de nombreux nouveaux virus dans le milieu et provoquer la lyse des bactéries. Ils sont lytiques. À ne pas confondre avec les bactério-phages tempérés ou lysogènes qui vont s’intégrer à l’ADN de l’hôte sans le détruire. Ce qui caractérise un bactériophage est sa spécificité. Un bactériophage donné est spécifique d’une ou plusieurs souches au sein d’une espèce bactérienne, ce qui correspond à la présence de récepteurs spécifiques à la surface bactérienne sur lesquels il va se fixer. Pour lyser une bactérie, il faut connaître les récepteurs bactériens afin de choisir le bactériophage actif. Cette opération s’appelle la lysotypie. Il faut donc avoir à sa disposition la gamme de bactériophages correspondant aux lysotypes de l’espèce bactérienne à lyser.


2. Qu’est-ce que la bactériophagothérapie ?


C’est à Félix d’Hérelle, microbiologiste canadien (1873-1949), que l’on doit l’utilisation thérapeutique des bactériophages. Les essais cliniques entrepris pour traiter diverses infections bactériennes pour lesquelles on ne disposait pas de médicaments efficaces ont révélé une activité remarquable vis-à-vis de bactéries pathogènes comme Shigella dysenteriae, Staphylococcus aureus, Vibrio cholerae, Yersinia pestis... Leur efficacité a permis à d’Hérelle de monter un laboratoire assurant la production de cinq préparations : Bacté-Coli-phage, Bacté-Rhino-phage, Bacté-Intesti-phage, Bacté-Pyo-phage, Bacté-Staphy-phage, dont la commercialisation a été confiée à l’Oréal. Cette thérapeutique a gagné notamment la Russie où l’Institut Elavia, créé en 1923, propose depuis 1930 une gamme de bactériophages. En Pologne, l’Institut Hirszfeld a travaillé dès 1957 sur les infections dues à la présence de bactéries multi-résistantes. Seuls ces deux instituts ont résisté à l’arrivée des antibiotiques, mais c’est l’antibiorésistance qui fait revenir aujourd’hui les cliniciens à la bactériophagothérapie.


3. Où en est la France dans ce domaine ?


Son utilisation clinique fait du bactériophage un médicament. Il doit donc obtenir une AMM, c’est-à-dire apporter les preuves scientifiques et cliniques de son efficacité (essais cliniques randomisés en double aveugle contre placebo), d’absence de toxicité, et être produit selon les Bonnes Pratiques de Fabrication. Bien que la bactériophagothérapie soit utilisée avec succès depuis un siècle, nous ne disposons actuellement que d’articles polonais en anglais, ce qui n’est pas suffisant pour appuyer scientifiquement une demande d’AMM. Il s’agit en outre d’un produit non chimiquement défini, dont la production varie avec chaque bactériophage utilisé, qu’il faut parfois préparer spécifiquement pour une bactérie donnée, et qui exige une structure industrielle particulière en mesure de répondre à la demande. Actuellement, en France, en l’absence d’AMM, l’utilisation de bactériophages en provenance de Tbilissi est tolérée... mais Paris doit accueillir un congrès international les 17-19 octobre prochains et plusieurs projets sont en cours avec l’aide des pouvoirs publics et le soutien financier de la Commission Européenne.


Source : L'Observatoire n° 38, octobre 2016