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Séance thématique du 19 mai 2010 sur le métabolisme des xénobiotiques
Introduction générale par Pr Maurice-Bernard FLEURY, Professeur Emérite, Université Paris Descartes, membre de l’Académie nationale de Pharmacie
« Progrès récents sur les structures et les mécanismes d’action des monooxygénases à cytochrome P450 : vers une prévision des conséquences de leurs implications en pharmacologie et toxicologie » Dr Daniel MANSUY, CNRS UMR 8601, Chimie et biochimie pharmacologiques et toxicologiques, Université Paris Descartes, 45 rue des Saints-Pères, 75270 Paris cedex 06
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Les progrès spectaculaires récents de notre connaissance des enzymes du métabolisme des xénobiotiques et de leurs implications en pharmacologie et toxicologie ont abouti à ce que le métabolisme des médicaments et la pharmacocinétique deviennent des disciplines indispensables à divers stades de la recherche et du développement des médicaments, au même titre que la pharmacochimie, la pharmacologie, et la toxicologie. Les enzymes responsables de l’oxydation métabolique des xénobiotiques jouent un rôle particulièrement important à cet égard. Très récemment (2008), une recommandation de la FDA (Food and Drug Administration) demandant que certains métabolites de médicaments formés chez l’homme fassent l’objet d’une étude toxicologique a souligné l’importance de caractériser et de préparer ces métabolites le plus tôt possible, et de déterminer les mécanismes de leur formation ainsi que leurs effets toxiques éventuels. Les monooxygénases à cytochrome P450 jouent un rôle clé dans le métabolisme des médicaments et autres xénobiotiques, avec tout ce que cela implique pour la biodisponibilité des médicaments, ainsi que pour l’apparition d’éventuels effets néfastes de ces médicaments, dus à des problèmes de polymorphisme génétique, d’interaction médicamenteuse, ou de formation de métabolites réactifs toxiques. Après un historique rapide du développement de nos connaissances sur cette superfamille d’enzymes, les progrès récents concernant les structures et les mécanismes catalytiques des principaux cytochromes P450 humains seront présentés. Ces résultats ont permis de mieux connaître les bases moléculaires de l’adaptation des êtres vivants aérobies à leur environnement chimique, c’est-à-dire aux composés de structures très variées apparaissant dans leur environnement (« stress chimique »).Les progrès réalisés ont déjà conduit à des applications dans les domaines de l’accès rapide à des quantités substantielles des métabolites d’oxydation des médicaments, de la détermination du mécanisme de la bioactivation métabolique de certaines « prodrugs », de l’interprétation et de la prévision de diverses interactions médicamenteuses, ainsi que de la prévision de la toxicité des xénobiotiques. Tout ceci sera illustré à l’aide de résultats récents qui montrent que l’on peut passer de la « constatation » du métabolisme des médicaments et de ses conséquences pharmacotoxicologiques à la prévision, au moins partielle, de ce métabolisme et de ses conséquences.
« Variabilité de l’expression des enzymes du métabolisme des médicaments et conséquences pharmaco- toxicologiques » Pr Philippe BEAUNE, INSERM UMRS 775, Bases moléculaires de la réponse aux xénobiotiques, Université Paris Descartes, 45 rue des Saints-Pères, 75270 Paris cedex 06 Les enzymes du métabolisme des médicaments jouent un rôle crucial dans l’élimination des médicaments et dans la production potentielle de métabolites réactifs. Ces deux phénomènes sont dépendants de la nature et de la quantité de ces enzymes dont l’expression est très variable. Les causes de variation de cette expression sont nombreuses : environnementales (inhibition, induction, interactions médicamenteuses), physio-pathologiques, génétique (pharmaco-toxico- génétique). Dans cet exposé plusieurs exemples illustreront ces variations et leurs conséquences : Les variations génétiques sont importantes et ont des conséquences importantes dans le métabolisme de nombreux médicaments : - ainsi la transformation de la codéine en morphine est dépendante du CYP 2D6 pour lequel il existe des métaboliseurs lents ou ultra rapides avec des conséquences cliniques délétères. Ce même enzyme est responsable de la production d’un métabolite toxique de la perhexilline. - la transformation du Clopidogrel en métabolite actif est dépendante du CYP2C19 ; il a été montré récemment que les patients déficients en CYP2C19 étaient moins efficacement traités que les patients métaboliseurs rapides pour ce CYP. Les variations environnementales sont également importantes. Les immuno-suppresseurs sont de bons exemples pour montrer comment l’induction ou l’inhibition sont la cause d’interactions médicamenteuses délétères. La compréhension de la production des métabolites des médicaments est importante car elle joue un rôle crucial dans l’élimination, l’efficacité et la toxicité des médicaments. Les variations individuelles des enzymes du métabolisme des médicaments sont importantes à appréhender pour permettre le développement d’une thérapeutique personnalisée, prédictive, plus efficace et moins toxique.
« Enzymes FAD-dépendantes impliquées dans l’oxydation métabolique des xénobiotiques » Dr Margherita STROLIN-BENEDETTI UCB Pharma SA, 21 rue de Neuilly, Nanterre
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Même si la famille des cytochromes P450 (CYPs) représente une proportion élevée de réactions métaboliques oxydatives, d’autres enzymes, telles que les enzymes à flavine adénine dinucléotides (FAD), jouent un rôle significatif dans l’oxydation métabolique des médicaments et autres xénobiotiques. Il s’agit des monooxygénases (FMOs), des hydroxylases à molybdène [aldéhyde oxydases (AO) et xanthine oxydases (XO)], ainsi que des amines oxydases [monoamines (MAOs) et polyamines (PAOs)]. Les amines oxydases ne contenant pas de FAD mais du cuivre feront l’objet de l’exposé suivant. Monooxygénases à flavine (FMOs) Les FMOs sont des enzymes microsomiales ayant comme groupe prosthétique la flavine adénine dinucléotide (FAD) et comme cofacteur le nicotinamide adénine dinucléotide phosphate (NADPH). Ces enzymes catalysent l’oxygénation de nombreux xénobiotiques contenant un hétéroatome (soufre, azote ou phosphore). A ce jour, on connaît chez l’homme cinq formes de FMOs fonctionnelles (FMO1-FMO5). Dans le foie, prédominent les formes FMO5 et FMO3. Cette dernière métabolise la triméthylamine (TMA) en TMA N-oxyde et présente un polymorphisme. Parmi les xénobiotiques métabolisés par les FMOs, on trouve la nicotine, la cimétidine, la ranitidine, l’olopatadine, la clozapine et le tamoxifen, ainsi qu’une neurotoxine, la N-méthyl phényl-4 tétrahydro-1,2,3,6 pyridine (MPTP). Hydroxylases à molybdène (aldéhyde oxydase et xanthine oxydase) Les hydroxylases à molybdène, qui se trouvent dans le cytosol, sont des flavoprotéines dont le site actif contient un cofacteur à ptérine qui coordonne un atome de molybdène. L’aldéhyde oxydase (AO) et la xanthine oxydase (XO) sont similaires du point de vue structural, mais diffèrent en ce qui concerne les substrats et les inhibiteurs. L’AO et la XO catalysent l’oxydation d’un grand nombre de N-hétérocycles et d’aldéhydes, ces derniers en acides carboxyliques. Du point de vue physiologique, la XO est engagée dans de nombreuses réactions biochimiques, dont le métabolisme des purines. Séance thématique / Convocation / 19.05.2010 3/3 Monoamine oxydases (MAOs) Les MAOs catalysent l’oxydation des amines primaires, secondaires et tertiaires. Les produits de la réaction, potentiellement toxiques, sont l’ammoniaque, pour les amines primaires, le peroxyde d’hydrogène et un aldéhyde, métabolisé ultérieurement en acide carboxylique par les aldéhydes déshydrogénases / AOs, ou en alcool par les aldéhydes réductases. Les MAOs sont des enzymes intracellulaires, liées à la membrane externe des mitochondries. On distingue deux isoenzymes, la MAO A et la MAO B, qui ont une spécificité différente de substrats et d’inhibiteurs. Chez l’homme, les MAOs sont présentes dans tous les tissus, à l’exception des globules rouges. Si les activités des deux isoenzymes sont élevées dans le foie, une seule forme s’exprime dans certains tissus : la MAO-A prédomine dans le placenta et l’intestin ; la MAO B, dans les plaquettes. Parmi les médicaments ou autres xenobiotiques métabolisés, ou supposés l’être, par les MAOs, on peut citer des agonistes et antagonistes des récepteurs -adrénergiques (phénylephrine, propranolol), des dérivés de la phényléthylamine (ibopamine), des inhibiteurs de la MAO (phénelzine), des agonistes des récepteurs sérotoninergiques 5HT1 (triptans), des inhibiteurs sélectifs de la recapture de la sérotonine (citalopram, sertraline), des agonistes et antagonistes de l’histamine (betahistine, diphenhydramine), ainsi que des toxines tel que le MPTP.
« Amine-oxydases appartenant à la famille des quinoprotéines : leur implication dans l’oxydation métabolique des xénobiotiques » Dr Martine LARGERON, UMR 8638 associée au CNRS et à l’Université Paris Descartes, Faculté des Sciences Pharmaceutiques et Biologiques, 4 av. de l’Observatoire, Paris
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Les amines oxydases à cuivre (CuAOs) sont des enzymes ubiquitaires. Elles diffèrent des amines oxydases à flavine (FAD-dépendantes), présentées dans l’exposé précédent, par une activité métabolique sélective envers les amines primaires, qu’il s’agisse de substrats endogènes ou de xénobiotiques. La classe des enzymes CuAOs humaines inclut les amines oxydases sensibles à la semicarbazide (SSAOs), les diamines oxydases (DAOs) et les lysyl oxydases (LOs). Elles sont caractérisées par deux cofacteurs : un ion cuivrique et un cofacteur organique quinonique. A l’exception des LOs dont le site actif est la lysine tyrosylquinone (LTQ), les CuAOs utilisent comme site actif la 2,4,5-trihydroxyphénylalanine quinone ou topaquinone (TPQ). Récemment, un intérêt particulier a été porté à la famille des SSAOs humaines depuis la découverte de leur identité avec la protéine d’adhésion vasculaire humaine (VAP-1), qui joue un rôle régulateur dans la circulation des leucocytes et l’assimilation du glucose. Les SSAOs humaines sont présentes dans les membranes cellulaires de nombreux tissus et dans le plasma sanguin, et ont pour action de réguler les niveaux respectifs des monoamines et polyamines (amines primaires seulement), en catalysant leur désamination oxydante, avec production concomitante de composés cytotoxiques (peroxyde d’hydrogène, ammoniac et aldéhydes). Dans de nombreuses pathologies, tels que les maladies inflammatoires, neurodégénératives, le diabète, l’activité métabolique des SSAOs est accrue. Par exemple, les SSAOs catalysent la désamination oxydante de la méthylamine, générée au cours du métabolisme de l’adrénaline par les MAOs, ainsi que celle de l’aminoacétone, un catabolite de la thréonine et de la glycine. Ces substrats endogènes produisent respectivement le formaldéhyde et le méthylglyoxal, lesquels participent à la formation de produits de glycation avancée (AGEs) à l’origine des complications vasculaires observées chez les diabétiques. Ces aldéhydes sont aussi capables d’induire des liaisons croisées (cross-linking), responsables d’une augmentation de taille des aggrégats et de la formation de la plaque b-amyloïde, deux phénomènes observés dans le développement de la maladie d’Alzheimer. Dans le cas des cancers, on observe une accumulation de polyamines, métabolites de la L-arginine et de la L-méthionine (putrescine, spermidine et spermine). Ces amines sont directement impliquées dans les phénomènes de prolifération et de différenciation cellulaires. Récemment, il a été envisagé que les amine oxydases ouvrent de nouvelles perspectives dans la thérapie des cancers : en injectant des amine oxydases dans les cellules tumorales, les produits toxiques issus de l’oxydation enzymatique (peroxyde d’hydrogène et aldéhydes), inhibiteurs de la prolifération cellulaire, seraient engendrés au niveau intracellulaire pour tuer sélectivement les cellules tumorales in situ. Au travers de réactions de modélisation, utilisant de petites entités chimiques comme mimes de CuAOs et la benzylamine comme substrat exogène, un mécanisme « ping-pong » a été proposé pour le processus catalytique. Toutefois, ces petites molécules se sont avérées sans action sur les substrats endogènes des Séance thématique / Convocation / 19.05.2010 4/3 CuAOs, contrairement à un modèle élaboré au laboratoire, qui sera brièvement présenté en raison de son activité sélective sur des amines physiologiques telles que méthylamine, aminoacétone, putrescine et spermidine. Enfin, seront évoqués les travaux récents réalisés par une firme pharmaceutique américaine (LJP) concernant l’élaboration d’inhibiteurs de SSAOs utilisables dans le traitement des maladies inflammatoires.
Conclusion et Perspectives par Pr Henri-Philippe HUSSON, Vice-président de l’Académie nationale de Pharmacie
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