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    Séance de l'Académie - Comptes rendus

 

Avec le vieillissement de la population, de grands espoirs sont aujourd’hui placés en l’instauration de régimes alimentaires, voire en l’utilisation d’adjuvants, susceptibles prévenir ou traiter ces maladies. Dans quelle mesure ces espoirs sont-ils fondés ?


Le Dr. A. Scalbert (INRA, Clermont-Ferrand) a décrit les principaux types de flavonoïdes présents dans l’alimentation et les principales sources de ces composés (produits de la vigne, particulièrement le vin, fruits rouges, thé et cacao, notamment). Il a montré que nos connaissances sur les quantités consommées, sur l’absorption intestinale le métabolisme et la répartition dans les tissus sont encore très fragmentaires, bien qu’elles soient indispensables pour s’assurer de la pertinence nutritionnelle des études conduites et des régimes qui pourraient être recommandés.


Les études cliniques émanent du Pr Y. Cottin (CHU de Dijon) ont été présentées par le Pr. L. Drouet (Lariboisière), à  propos du cacao, choisi à titre d’exemple. Les études épidémiologiques observationnelles prospectives sur cohortes confirment en effet l’existence d’une diminution du risque de mortalité cardiovasculaire associée à la consommation de chocolat noir riche en cacao. Les résultats d’essais cliniques randomisés contrôlés à court terme mettent en évidence certains des mécanismes impliqués, mais des essais à long terme, extrêmement difficiles à réaliser en pratique, seraient nécessaires pour valider définitivement les effets protecteurs sur le système cardiovasculaire.


Les mécanismes d’action des polyphénols du vin sur l’endothélium vasculaire ont ensuite été présentés par le Pr Valérie Schini Kerth (Faculté de Pharmacie de Strasbourg), mettant l’accent sur l’inhibition par les flavonoïdes du stress oxydant associé à une augmentation des facteurs protecteurs vasculaires, du fait de leurs effets sur les voies de signalisation intracellulaires mettant en jeu l’activation de protéine kinases. Le Pr L. Drouet (Lariboisière) a poursuivi en montrant les résultats d’études expérimentales sur les effets du vin et de ses divers composants sur l’athérogénèse et les thromboses, mettant en jeu simultanément plusieurs mécanismes d’action.


Dans sa conclusion, le Pr Jean-Claude Stoclet (Strasbourg) a évoqué les mécanismes d’action des flavonoïdes sur l’expression des gènes et ses conséquences pour la protection contre les maladies neurodégénératives. L’induction par les flavonoïdes de l’expression de gènes anti-oxydants leur confère des effets anti-oxydants indirects dans les cellules (plutôt que directs, comme initialement supposé).  Les résultats des études sur les mécanisms d’action et la démonstration que ceux-ci peuvent prendre place in vivo en expérimentation animale apporte une crédibilité biologique aux hypothèses sur les effets protecteurs des flavonoïdes contre les pathologies chroniques comportant une composante inflammatoire. Parmi celles-ci les effets cardiovasculaires sont les mieux documentés. Toutefois trop de points d’interrogations subsistent sur la nature et les quantités de flavonoïdes consommés, leur devenir dans l’organisme et lueurs effets pour que des conclusions définitives puissent être présentement tirées.


Les nombreuses questions qui restent à élucider conduisent à recommander la plus grande prudence quant à des recommandations en termes de régime alimentaire, d’une part, à préconiser une amplification des efforts de recherche, d’autre part. L’importance des enjeux pour la santé et les progrès qui peuvent être attendus de l’emploi des nouvelles techniques disponibles dans le domaine analytique et dans le domaine de la génomique et de la protéomique fonctionnelles,  justifient une telle augmentation des efforts de recherche.                 

Compte rendu détaillé de la séance

 

Introduction générale : « Pourquoi s’intéresser aujourd’hui aux effets des flavonoïdes alimentaires sur la santé ? »

Pr Jean-Claude Stoclet, Membre de l’Académie nationale de Pharmacie,
Professeur honoraire à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.

Diapositives correspondantes

Dans les fruits et légumes, les flavonoïdes constituent, par le nombre de composés et les quantités présentes, la principale classe de polyphénols anti-oxydants et capteurs de radicaux libres. Ils sont particulièrement abondants dans des aliments et boissons comme le raisin et les préparations dérivées, le thé et le cacao, dont la consommation est réputée avoir des effets protecteurs contre différentes affections chroniques (maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, cancers, maladies neuro-dégénératives). Ils entrent, en outre, dans la composition de médicaments et d’adjuvants alimentaires. La presse grand public et de nombreuses publicités se font souvent l’écho de ces vertus avérées ou supposées, attribuées aux polyphénols ingérés. Il parait aujourd’hui utile de faire le point des données scientifiques relatives à la réalité de ces effets, la nature des composés éventuellement responsables et leurs mécanismes d’action.

Ces questions ne pourront pas être traitées de façon exhaustive au cours de la séance. Elles seront abordées à l’aide de quelques exemples principalement choisis dans le domaine le mieux documenté, celui des maladies cardiovasculaires.

Serge Renaud et Michel de Lorgeril soulignent en 1992 le « French Paradox » article publié dans la revue : Lancet 1992 Jun 20; 339(8808):1523-6.

« Une connaissance fine des consommations en flavonoïdes et de leur devenir dans l’organisme est indispensable à l’évaluation de leurs effets sur la santé »

            Augustin Scalbert, Claudine Manach, Vanessa Neveu, Jara Perez-Jimenez
UMR 1019, Unité de nutrition humaine, Centre de recherche de Clermont-Ferrand

Diapositives correspondantes

Près de 300 flavonoïdes sont communément ingérés avec nos aliments. Ces flavonoïdes sont très largement métabolisés dans les tissus de notre organisme pour former des glucuronides, esters sulfate ou méthyl-éthers, ou encore transformés par la flore intestinale en divers acides phénoliques. Ces données sont trop rarement prises en compte par les biologistes qui testent le plus souvent les effets des formes alimentaires natives seules disponibles commercialement, à des doses très supérieures à celles auxquelles nos tissus sont couramment exposés du fait de l’alimentation.

Il est essentiel, pour évaluer les effets sur la santé des flavonoïdes alimentaires, de connaître très précisément la nature et les quantités des divers flavonoïdes ingérés, et leur devenir dans l’organisme. Ces données sont indispensables pour évaluer leur consommation dans les études de cohortes. Elles sont également nécessaires pour s’assurer de la pertinence nutritionnelle des études conduites sur cellules en culture, animaux expérimentaux ou chez l’Homme.

Les principaux types de flavonoïdes présents dans l’alimentation et les principales sources alimentaires seront décrites. Quelques exemples seront donnés pour illustrer la diversité de leur devenir dans l’organisme. Enfin, les récents développements offerts par la bioinformatique seront présentés, avec notamment la nouvelle base de données Phenol-Explorer (http://www.phenol-explorer.eu/) dans laquelle ont été compilées plus de 40 000 valeurs de composition. Un tel outil devrait permettre à terme de déterminer les quantités des divers flavonoïdes consommés et les teneurs en divers métabolites des flavonoïdes attendues dans les tissus à partir d’un régime alimentaire donné.

Questions / Commentaires / Réponses

Monique Adolphe (Q) : les résultats présentés sont principalement sur cultures cellulaires à fortes doses, qu’en est-il in vivo ?

R : des études chez l’animal et chez l’humain ont été conduites et sont en cours.

Michel Paris (Q) : existe-t-il des différences d’activité en relation avec les différences de structures ?

R : à ce jour il est difficile de mettre en évidence des différences chez l’humain mais des travaux avec cet objectif sont en cours.

Luc Cynober (Q) : les polyphénols correspondent à des centaines de structures différentes dont un grand nombre est encore non identifié, ne peut-on pas penser que leurs actions sont synergiques et / ou additionnelles plutôt que le résultat de quelques structures spécifiques ?

R : je suis en accord avec votre réflexion, cependant les priorités requises dans la mise en place des travaux ne permettent pas de répondre à ce jour.

François Trivin(Q) : à quel niveau tissulaire a lieu la glycuroconjugaison ?

R : au cours du passage de la barrière intestinale.

Henri-Philippe Husson (Q) : que faut-il penser de l’activité des anthocyanines sur la vision nocturne ?

R : leur rôle bénéfique est confirmé par les travaux publiés.

Joël Guillemain (Q) : quelle est la biodisponibilité des polyphénols, une publication relate ne pas retrouver de quercétine dans le sang après une ingestion de 4 grammes ?

R : les ingesta courants sont de l’ordre de dizaines de milligrammes et les techniques analytiques actuelles permettent de retrouver et de déterminer les taux systémiques des polyphénols.

Sophie Duméry, journaliste Santé pratique (Q) : la flore digestive lorsqu’elle varie modifie t’elle la biodisponibilité des polyphénols ?

R : il existe probablement une action réciproque entre les variations de flore digestive et les variations d’ingesta de polyphénols, cette interaction n’a pas été étudiée.

  

« Flavonoïdes alimentaires et pathologies cardiovasculaires. Données cliniques »

            Pr. Yves Cottin, PU-PH au CHU de Dijon, représenté par le Pr. Ludovic Drouet

Diapositives correspondantes

Les flavonoïdes partagent une structure chimique commune : le C6-C3-C6 et suscitent beaucoup d’intérêt ces dernières années en raison d’une forte concentration dans certains fruits et légumes. Les données épidémiologiques récentes montrent un intérêt particulier du cacao en raison de la forte concentration entre 460 et 610 mg/kg et de ces effets cardiovasculaires cliniquement significatifs. Néanmoins, il est important de distinguer clairement le produit naturel, le cacao, du chocolat, produit transformé qui se réfère à une combinaison variable de cacao, de sucre et éventuellement de lait et autres ingrédients.

La première étude prospective majeure, publiée en 2007, a porté sur 34 489 femmes ménopausées et indemnes de toutes pathologies cardiovasculaires avec un suivi de 16 ans dans l'Iowa. Les apports en flavonoïdes totaux et 7 sous-classes ont été classés en quintiles, et des sources alimentaires ont été regroupées en catégories de fréquence. Après ajustement, les patientes du quintile de consommation le plus élevé présentent une réduction significative de la mortalité cardiovasculaire, et en particulier lors de la consommation de cacao. Par contre, les auteurs soulignent qu’aucune association n’est mise en évidence entre la consommation de flavonoïdes et les accidents vasculaires cérébraux. La deuxième étude majeure est néerlandaise, la « Zutphen Study » publiée en 2006, portant sur 470 hommes, indemnes de toute pathologie cardiovasculaire. Après ajustement à l'âge, à la masse corporelle, au style de vie, et à l'apport calorique, le risque de mortalité cardiovasculaire chez les hommes dans le tertile de consommation de cacao le plus élevé, a été réduit de 50% par rapport au tertile le plus faible (p = 0,004). Parallèlement de nombreuses études montrent un effet bénéfique du cacao, principalement sur la tension artérielle, l'insulino-résistance, la fonction vasculaire et la fonction plaquettaire. Ainsi, une récente méta-analyse des études randomisées contrôlées sur l'administration de cacao (173 sujets, suivis pendant une durée moyenne de 2 semaines) a-t-elle confirmé une réduction significative des pressions artérielles systoliques et diastoliques, respectivement de 4,7 et 2.8 mm Hg (p = 0,006). Parallèlement, une autre étude récente démontre une réduction de 12 % des concentrations plasmatiques de LDL cholestérol mais également une réduction significative des LDL oxydés.  Concernant la fonction vasculaire, chez des patients à haut risque cardiovasculaire, un chocolat à forte teneur en flavonols (176 à 185 mg/g) améliore rapidement le pool circulant de NO de plus d'un tiers avec des conséquences sur la vasodilatation. Par ailleurs, des données récentes montrent un impact majeur sur l’insulino-résistance ; ainsi Grassi vient-il de démontrer que 15 jours d’un régime riche en flavonoïdes provenant de chocolat noir, améliore la sensibilité à l'insuline et la fonction des cellules β du pancréas.

Au total, l’intérêt des flavonoïdes en clinique est maintenant établi. En revanche des études contrôlées au long cours sont nécessaires pour valider l’hypothèse des effets cardioprotecteurs, soit sur des critères intermédiaires comme l'athérosclérose carotidienne soit sur la morbi-mortalité globale.

Questions / Commentaires / Réponses

Henri-Philippe Husson (Q) : la présence de théobromine en particulier mais aussi d’autres composés dans le cacao doivent participer à son activité biologique, est-il possible de la différencier de celle des polyphénols ?

R : ce point n’a pas été étudié à ce jour.

Charles Perez (Q) : la cuisson des aliments a-t-elle une influence sur la disponibilité des polyphénols ?

R : la température et l’eau ou l’huile de cuisson jouent un rôle, sachant que les polyphénols sont relativement thermorésistant le rôle de la cuisson existe.

Michel Koch (Q) : la différence d’activité entre chocolat noir et chocolat au lait est-elle due à l’adsorption des polyphénols sur la caséine ?

R (Augustin Scalbert) : l’influence du lait sur la biodisponibilité des polyphénols est faible et la différence d’activité entre chocolat noir et au lait n’a pas été confirmée.

Alain Astier (Q) : a-t-il été conduit des études avec la catéchine pure ?

R : l’action vasodilatatrice de l’épicatéchine a été prouvée.   

 

« Effets vasculaires des flavonoïdes alimentaires et leurs mécanismes d’action »

            Pr. Valérie Schini-Kerth, CNRS UMR 7213,
Laboratoire de Pharmacologie, Faculté de Pharmacie, Université de Strasbourg.

Diapositives correspondantes

Des études épidémiologiques indiquent qu’une consommation régulière de vin rouge ou de thé vert et le régime méditerranéen riche en fruits et légumes diminuent le risque de pathologies coronaires et d’accidents vasculaires cérébraux. L’effet bénéfique de ces boissons ou aliments sur le système cardiovasculaire a été attribué au moins partiellement à leur teneur élevée en polyphénols et particulièrement en flavonoïdes. En effet, de nombreuses études expérimentales indiquent que diverses sources de polyphénols sont capables d’induire de nombreux effets vasoprotecteurs et en particulier réduire l’oxydation des lipoprotéines de faible densité, l’adhésion et l’agrégation plaquettaire, la migration et la prolifération des cellules musculaires lisses vasculaires, ainsi que la réponse inflammatoire. De plus, la protection vasculaire pourrait aussi s’expliquer par leur action directe sur les cellules endothéliales conduisant à une formation accrue de monoxyde d’azote (NO) et du facteur hyperpolarisant dérivé de l’endothélium (EDHF), deux facteurs qui ont un rôle clé dans la régulation de l’homéostasie vasculaire. La voie de signalisation menant à la formation accrue de NO dans les cellules endothéliales est initiée par la kinase Src laquelle active la voie PI3-kinase/Akt menant, à son tour, à l’activation de la NO synthase endothéliale par phosphorylation. À plus long terme, les polyphénols peuvent augmenter le niveau d’expression de la NO synthase endothéliale, entraînant une formation soutenue de NO et donc une protection vasculaire persistante. Le développement des pathologies cardiovasculaires majeures comme l’hypertension artérielle, l’athérosclérose ou encore le vieillissement vasculaire physiologique est caractérisé par un dysfonctionnement des cellules endothéliales avec une réduction des facteurs vasoprotecteurs NO et EDHF associée à un stress oxydant, en partie, en raison, notamment, de la surexpression de la NADPH oxydase, une source enzymatique majeure d’anions superoxydes. Dans des modèles expérimentaux de pathologies cardiovasculaires et d’animaux âgés, l’ingestion régulière de flavonoïdes alimentaires améliore la fonction endothéliale en prévenant le stress oxydant, en partie, suite à la normalisation de l’expression de la NADPH oxydase et du système rénine-angiotensine. La recherche des polyphénols actifs dans les sources alimentaires indique que de nombreuses molécules sont capables d’induire une protection endothéliale et, en particulier, les anthocyanes et les procyanidines.

 

« Les effets cardiovasculaires du vin ne sont-ils dus qu’à sa composante phénolique ? »

            Pr Ludovic Drouet et Claire Bal, Laboratoire de thrombose et d’athérosclérose, IVS hôpital Lariboisière et INSERM U937 et pour l’action « Vin et santé cardiovasculaire » soutenue par Vinifhlor (Ministère de l’agriculture et de la pêche).

Diapositives correspondantes

Le « french paradox » a conduit à rechercher les spécificités françaises qui pourraient expliquer  l’incidence moindre qu’attendue des événements cardio-vasculaires en dépit d’un niveau de risque élevé de facteurs de risque cardio-vasculaires « classiques ».

Les pathologies vasculaires sont multiples mais l’attention s’est principalement portée sur la pathologie athéro-thrombotique. Cette pathologie associe l’athérosclérose artérielle et la réactivité thrombotique. Leurs mécanismes physiopathologiques, complètement différents, peuvent aboutir in fine à des manifestations cliniques ischémiques de type infarctus du myocarde accidents vasculaires cérébraux…

Il est probable que la plus faible incidence d’événements ischémiques cardio-vasculaires ne s’explique pas par un seul effet sur une seule cible, mais plutôt par la conjonction de divers effets. Parmi ces effets ont été mises en avant les conditions de vie et d’alimentation. Et parmi les spécificités alimentaires traditionnelles des français, une attention toute particulière s’est portée sur une spécificité culturelle ancienne d’une consommation régulière de vin au cours des repas.  Cette particularité de consommation est source de très nombreux biais (socio-économiques, nutritionnels et de conditions de vie), ce qui a incité à étudier si et  comment le vin pouvait participer à cet effet protecteur. Quantitativement, les trois principaux composants du vin sont l’eau, l’alcool et les polyphénols : c’est alors naturellement que la composante polyphénolique du vin est devenue un sujet d’intérêt. Mais pour relier des constatations épidémiologiques à de potentiels effets cellulaires, tissulaires ou métaboliques sont apparues nombre de difficultés à résoudre.

La composition phénolique du vin est complexe car elle dépend de nombreux paramètres : origine  du jus de raisin (cépage, terrain, conditions de croissance, maturité, maladies, moisissures, etc.), processus de vinification (par exemple incluant ou non les rafles), conditions de fermentation pendant lesquels des phénols sont métabolisés, conditions de conservation. La question est donc nettement plus complexe que celle qui est habituellement limitée à la différence entre vins rouges et vins blancs.

Pour exercer un effet potentiel, les polyphénols du vin doivent être absorbés et métabolisés. Cette absorption passe par la flore digestive. La flore digestive et, par conséquence, ses propriétés d’absorption et de métabolisme, sont modulées par les conditions environnementales en particulier par les conditions alimentaires donc en partie par la consommation régulière ou non de vin.

Après  leur métabolisme par la flore intestinale, les polyphénols sont absorbés en fonction de leur complexité avec les composants alimentaires et en particulier les autres composants du vin. Parmi ceux-ci plusieurs ont été montrés jouer un rôle dans cette absorption, tels que l‘éthanol et le glycérol.

Une fois métabolisés et absorbés lors du passage dans la muqueuse intestinal, les polyphénols peuvent alors exercer leur action dans l’organisme. Globalement ces phénols peuvent exercer au niveau cellulaire deux types de fonctions : des fonctions globales d’antagonisme des processus d’oxydoréduction et des effets tissulaires directs.

Questions / Commentaires / Réponses (sur les deux derniers exposés) 

François Clostre (C) : ne devrait-on pas parler d’effet vasorégulateur plutôt que d’effet vasodilatateur du fait qu’au niveau cérébral en particulier, l’action des polyphénols est vasodilatatrice sur certains vaisseaux sanguins en parallèle à une action vasoconstrictrice sur d’autres.

Jean-Claude Stoclet (Q) : les modèles animaux utilisés prennent-ils en compte le risque de rupture des plaques athéromateuses ?

R (Ludovic Drouet) : la faisabilité de telles études, notamment la durée nécessaire pour étudier ce phénomène, ne permet pas à ce jour de développer de tels modèles.

François Clostre (Q) : en décomposant les différents stade de l’athérogenèse, retrouve t’on une action des flavonoïdes ?

R (Ludovic Drouet) : dans les travaux in vitro de telles activités sont retrouvées, dans les travaux in vivo les résultats sont moins marqués.

Jean-Claude Stoclet (Q) : dans les modèles de vieillissement vasculaire retrouve t’on une action préventive et curative ?

R (Valérie Schini-Kerth) : l’action des polyphénols est retrouvée à long terme avec un effet rémanent.

R (Augustin Scalbert) : en post infarctus on retrouve une action vasodilatatrice flux sanguin dépendante.

Augustin Scalbert (Q) : il semble que les complexes moléculaires les plus lourds soient les plus actifs, qu’en pensez vous ?

R (Valérie Schini-Kerth) : l’activité est plus spécifiquement  en relation avec la structure moléculaire.

Claude Bohuon (Q) : quel est le rôle de l’inflammation dans les modèles d’athérosclérose ?

R (Ludovic Drouet) : l’inflammation est présente dans les modèles développés, les flavonoïdes n’ont pas d’effet anti-inflammatoire retrouvé.

 

Conclusion : « Effets sur la santé des flavonoïdes alimentaires : données scientifiques établies et hypothèses »

Pr Jean-Claude Stoclet, Membre de l’Académie nationale de Pharmacie,
Professeur honoraire à la Faculté de Pharmacie de Strasbourg.

Diapostives correspondantes

Les exemples exposés dans cette séance illustrent l’intérêt et les difficultés du sujet. De nombreux points d’interrogation subsistent quant à la composition des aliments et boissons riches en flavonoïdes et la biodisponibilité de ceux-ci, l’identification des molécules éventuellement actives, la démonstration des effets bénéfiques par des essais cliniques contrôlés à long terme et les mécanismes d’action.

De nombreuses enquêtes épidémiologiques suggèrent (mais ne démontrent pas) que la consommation régulière de certains fruits particulièrement riches en flavonoïdes ou de préparations alimentaires qui en sont issues (les vins rouges, avec des différences quantitatives entre eux, certains jus de raisin, les thés vert et dans une moindre mesure noir, le cacao, pour ne citer que les principaux), est associée à une diminution de la mortalité globale, portant non seulement sur la mortalité cardiovasculaire, mais encore sur la mortalité associée au diabète de type 2 et au syndrome métabolique, aux cancers et aux maladies neurodégénératives telles que les maladies d’Alzheimer et de Parkinson.

Pour l’instant les effets biologiques des flavonoïdes alimentaires ont été évalués et leurs mécanismes analysés en utilisant, soit des extraits bruts dont la composition est imparfaitement connue, soit des substances de référence représentatives des différentes classes, mais incapables de rendre compte par elles-mêmes des effets de l’ensemble. Il apparaît que les composés susceptibles de participer aux effets protecteurs des flavonoïdes appartiennent aux classes des flavonols, des flavanols (catéchines monomères et proanthocyanidines oligomères) et des anthocyanines, avec des différences importantes d’activité d’un composé à l’autre suggérant l’existence d’une sélectivité structurale.

Parmi les effets pharmacologiques pertinents observés, tant sur des modèles animaux que chez les patients, l’effet sur l’endothélium vasculaire parait le mieux établi. De nombreuses études précliniques montrent que les flavonoïdes alimentaires, particulièrement les flavanols, peuvent inhiber l’expression de protéines intervenant dans le stress oxydant, l’adhésion et la prolifération cellulaires, les phénomènes inflammatoires et l’angiogenèse, tandis qu’ils peuvent au contraire favoriser l’expression de protéines intervenant dans les mécanismes protecteurs opposés, au premier rang desquels la production de NO par l’endothélium vasculaire. Par ailleurs ils sont capables d’inhiber l’agrégation de la protéine amyloïde Aβ et de la déstabiliser dans des modèles animaux ou in vitro de maladie d’Alzheimer.

Les mécanismes par lesquels les flavonoïdes exercent ces effets dans les cellules sont incomplètement élucidés. On sait que l’équilibre rédox y est régulé par l’activation de facteurs de transcription, consécutive à l’oxydation de fonctions thiols de certaines protéines, et la mise en œuvre de voies de signalisation impliquant des protéines kinases également sensibles à l’état d’oxydo-réduction de la cellule. Il en résulte, sous l’influence d’un stress oydant, non seulement une augmentation de l’expression d’enzymes anti-oxydantes et détoxifiantes, mais encore l’expression de protéines inflammatoires, de facteurs de croissance et de protooncogènes. En agissant sur ces voies de signalisation, certains flavonoïdes peuvent, par des mécanismes incomplètement élucidés, diminuer l’expression de gènes codant pour des mécanismes oxydants ou inflammatoires (NADPH-oxydase, NO-synthase 2, cyclooxygénase 2, lipoxygénase, endothéline ou VEGF, entre autres), et au contraire augmenter l’expression de gènes de défense contre le stress oxydant et les réactions inflammatoires (comme celui de la  NO-synthase endothéliale et ceux des enzymes antioxydantes). On peut considérer qu’en agissant ainsi, les flavonoïdes produisent des effets anti-oxydants indirects. Par contre, il n’y a pas d’évidence démontrant l’implication in vivo des effets anti-oxydants et capteurs de radicaux libres directs, tels que démontrés in vitro.

Il n’est pas encore possible aujourd’hui de tirer des conclusions définitives sur les effets sur la santé humaine des aliments et boissons riches en flavonoïdes, ni à plus forte raison d’émettre les recommandations qui pourraient éventuellement en découler en termes de régime alimentaire ou d’assertions santé d’adjuvants alimentaires. Toutefois les résultats des recherches réalisées à ce jour sur les effets biologiques des flavonoïdes et les mécanismes sous-jacents donnent de la crédibilité aux hypothèses émises au vu des études épidémiologiques initiales. Les données  scientifiques acquises et l’importance des enjeux pour la santé et pour l’économie justifient d’importants efforts de recherche pour répondre aux nombreuses questions qui se posent encore
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